
Un nombre croissant de Français estiment que les rôles des femmes et des hommes devraient être indifférenciés. Le classique, « l’homme au travail et la femme à la maison », fait de moins en moins d’adeptes. Au début des années 2000, la part de ceux qui estimaient que « dans l’idéal, les femmes devraient rester à la maison pour élever leurs enfants » était presque équivalente à celle de ceux qui pensaient l’inverse, autour de 50 %. Aujourd’hui, 80 % de la population n’est pas d’accord avec cette affirmation, selon les données du ministère des Solidarités. Seuls 5 % sont « tout à fait d’accord ».
En 1990, près des deux tiers des Français étaient « plutôt » ou « tout à fait » d’accord avec l’affirmation « avoir un travail c’est bien, mais ce que la plupart des femmes veulent vraiment c’est un foyer et un enfant ». Cette proportion est tombée à 40 % en 2018, selon l’enquête Arval sur les valeurs. La part des « tout à fait d’accord » a été divisée par deux, de 21 % à 12 %. Enfin, la proportion de la population qui juge que le partage des tâches domestiques est « très important » pour la réussite d’un couple est passée de 33 % en 1981 à 46 % en 2018.

Le sexisme est pourtant loin d’avoir disparu comme le rappelle tous les ans le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes dans son rapport sur l’état du sexisme en France 1. 28 % des Français estiment que le fait qu’une femme cuisine tous les jours pour toute la famille est « tout à fait acceptable » ou « plutôt acceptable ». 8 % trouvent « tout à fait acceptable » le fait qu’un homme refuse que sa conjointe rencontre d’autres hommes (données 2025).
Dans une analyse détaillée sur le sujet, le ministère des Solidarités note que 23 % des femmes et 28 % des hommes adhèrent aux stéréotypes de genre2. Quand on mesure3 l’effet de chaque facteur pris de manière indépendante, la pratique religieuse régulière est celui qui a le plus d’impact sur l’adhésion aux stéréotypes (+18 points), le fait d’être immigré, d’avoir un faible diplôme ou d’être âgé de 65 ans ou plus (+ 10 points pour chaque facteur)4. Ces facteurs ont un impact plus important que le sexe (+5,6 point pour les hommes).
L’élévation du niveau d’éducation au fil des générations, notamment à partir de celles nées après la Seconde Guerre mondiale, a rééquilibré les rôles entre les femmes et les hommes, dans la famille, sur le marché du travail. Le stéréotypes ont perdu de leur force. Ils n’en restent pas moins largement présents : depuis dix ans, la part de ceux qui estiment que, dans l’idéal, les femmes doivent rester à la maison pour élever les enfants ne diminue plus. En matière de sexisme, le chemin qui reste à parcourir est encore long. Les militants du retour à une répartition des rôles sexuée traditionnelle demeurent très minoritaires dans l’opinion, même s’ils occupent de plus en plus l’espace médiatique, particulièrement via les réseaux sociaux. Les progrès réalisés en matière d’égalité entre les femmes et les hommes ces dernières années peuvent toujours être remis en cause.


Photo : Nsey Benajah / Unsplash
Notes:
- Rapport annuel 2026 sur l’état des lieux du sexisme en France, Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, janvier 2026. ↩
- « Des stéréotypes de genre encore très ancrés, notamment chez les hommes », Clémentines De Champs et Claudine Pirus, Etudes et résultats n°1294, Drees, ministère des Solidarités, février 2024. ↩
- On mesure l’impact d’un seul paramètre, quand tous les autres sont équivalents : par exemple l’effet du diplôme, à pratique religieuse, âge, origine migratoire, etc. identiques. ↩
- Par rapport à la catégorie pour laquelle l’adhésion est la moins forte ↩

