
À la question, « Faut-il rétablir la peine de mort », 61 % des Français répondent qu’ils ne sont pas d’accord, selon les données pour l’année 2023, rassemblées par les chercheurs Vincent Tiberj, James Stimson et Cyrille Thiébaut à partir d’enquêtes d’opinion réalisées par entretien en face à face (hors Internet). Cette proportion est légèrement en baisse depuis le début des années 2000. Elle avait fortement progressé dans les années 1990. En 1988, seuls 36 % de la population n’étaient pas d’accord avec le rétablissement de la peine capitale.
Les opinions sont beaucoup plus partagées quand on sonde les personnes sur Internet. Dans ce cas, depuis dix ans, une proportion à peu près équivalente de Français se disent pour ou contre le rétablissement de la peine de mort (selon le baromètre annuel du Cevipof). L’évolution est de l’ordre des marges d’erreur des sondages. Ces données vont à l’encontre de la thèse répandue d’un durcissement des valeurs dans ce domaine.

Il faut noter un point d’importance, commun à de nombreux autres sondages (comme sur l’immigration). Quand les instituts indiquent un pourcentage de personnes « d’accord » avec le rétablissement de la peine de mort, ils font la somme des « plutôt pour » et « tout à fait pour », deux modalités différentes. Une partie des sondés exprime une réaction à chaud par rapport aux faits divers violents du moment, qui ne reflète pas nécessairement leurs valeurs fondamentales. Rien n’indique qu’ils agiraient de la même manière en votant à un référendum sur le sujet.
La réponse à un sondage est sans conséquence. La personne interrogée répond rapidement à de très nombreuses questions qui se suivent, sans prendre le temps d’une réflexion qui s’impose sur un sujet aussi important que la peine de mort. La croyance des médias et des professionnels de la politique dans la valeur des sondages – qui ne font que refléter l’air du temps – est un problème d’importance.
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