Les inégalités de niveaux de vie sont-elles en voie de stabilisation en France ? C’est ce que tendent à montrer les données pour l’année 2019 de l’Insee. L’indice de Gini, qui mesure l’écart entre une situation d’égale répartition des revenus et situation réelle1 est revenu en 2019 à son niveau de 2017, à 0,292. Même chose pour le ratio de Palma, qui rapporte la masse globale des revenus que reçoivent les 10 % les plus riches à celle des 40 % les plus pauvres, qui s’établit à 1,063. Ces deux dernières années, les mesures très favorables aux plus aisés, prises en 2017, ont ensuite été compensées notamment par le soutien aux bas revenus en 2019 – hausse de la prime d’activité – obtenu suite aux manifestations des gilets jaunes.

Une réouverture des écarts de revenus s’est amorcée vers la fin des années 1990 et surtout au début des années 2000, avant même la crise de 2008. Après des décennies de diminution (1970-1980), les inégalités de niveaux de vie ont commencé à augmenter. D’abord par le biais de l’envolée des revenus des catégories aisées, puis par la stagnation du niveau de vie des catégories moyennes et populaires. Mais depuis 2005, hormis le pic de 2010-2012, les évolutions demeurent limitées. En 2009, l’indice de Gini est proche de son niveau du milieu des années 2000.

Pour l’avenir, deux hypothèses sont possibles. La stabilisation relative de ces cinq dernières années ne sera qu’une parenthèse si l’activité ne reprend pas durablement et qu’aucune mesure de redistribution des revenus n’est mise en place. Une diminution du chômage n’est pas incompatible avec une progression des inégalités si le travail n’est pas rémunérateur. On pourrait revenir d’ici à une décennie à un niveau d’inégalités de revenus comparable à la situation des années 1970. Inversement, une baisse du chômage assortie de garanties sur la qualité de l’emploi (salaire et statut) pourrait effacer assez vite les effets de la hausse des inégalités constatée entre la fin des années 1990 et le milieu des années 2000.

Il est beaucoup trop tôt pour statuer tant la situation est incertaine suite à la crise sanitaire. Le modèle social français a amorti le choc et des moyens considérables ont été mis sur la table pour éviter une chute plus grave des revenus. Ensemble, ils auront évité que les écarts se creusent à nouveau. En 2021, l’activité redémarre ce qui pourrait profiter aux plus pauvres, mais jusqu’à quand ? Par ailleurs, l’ampleur de la dégradation du marché du travail est beaucoup plus importante que ne l’indique le seul taux de chômage qui ne comptabilise pas toute une partie des adultes qui, découragés de rechercher un emploi, ne figurent plus dans les statistiques.

Notes:

  1. Plus il est proche de 1, plus les revenus sont inégalement répartis, plus il est proche de 0, plus ils sont également distribués.
  2. Toutes les données de cet article s’entendent après impôts et redistribution.
  3. . Autrement dit, les 10 % du haut de l’échelle reçoivent un peu plus que l’ensemble des 40 % du bas de l’échelle réunis.