Les inégalités de niveaux de vie sont nettement en hausse, selon les données 2023 de l’Insee. L’indice de Gini, qui mesure l’écart entre une situation d’égale répartition des revenus et la situation réelle1, est revenu au niveau de 2011, son maximum depuis 1996 2. Même tendance pour le ratio dit « de Palma », qui rapporte la masse globale des revenus que reçoivent les 10 % les plus riches à celle des 40 % les plus pauvres, qui s’établit à 1,113.

Après deux décennies de diminution (1970-1990), une réouverture des inégalités de revenus s’est amorcée en France au milieu des années 1990. Les inégalités ont commencé se sont accrues en raison de l’envolée des revenus des catégories aisées, puis, à partir des années 2000, à cause de la stagnation du niveau de vie des catégories moyennes et populaires.

Au cours des dernières années, l’envolée des inégalités de revenu constatée à la fin des années 2000 a été corrigée par les mesures prises en 2011 et 2012 en matière d’imposition des revenus élevés. À partir de 2018, les avantages concédés aux hauts revenus ont entraîné une nouvelle hausse, compensée ensuite par le soutien aux bas revenus en 2019 – hausse de la prime d’activité4 – obtenu suite aux manifestations des gilets jaunes, puis par les mesures importantes prises pour limiter les effets de la crise sanitaire. Ces concessions ont été effacées dès 2021, comme l’atteste une nouvelle hausse de l’indicateur de Gini. À partir de 2023, la suppression de la taxe d’habitation a bénéficié à plein aux classes aisées.

Les politiques publiques n’expliquent pas tout. Le chômage diminue depuis 2016, ce qui devrait profiter aux bas revenus. Mais, pour partie, il s’agit d’emplois trop peu rémunérés, précaires et à temps partiel, ce qui limite les effets du phénomène. Comme nous l’avons montré, les inégalités de salaires repartent à la hausse depuis dix ans, un puissant support à la progression des inégalités de niveaux de vie tout court. Enfin, depuis les années 2000, les hauts revenus profitent des rendements élevés des revenus du patrimoine. Selon l’Insee ils auraient augmenté de 15 % en 2023.

Les dernières données de l’Insee datent de 2023. Depuis, les évolutions sont assez incertaines. L’inflation a nettement ralenti, mais la baisse du chômage s’est arrêtée, deux tendances contradictoires. L’Insee estime que les revenus du patrimoine (surtout importants pour les catégories favorisées) devraient augmenter de manière moindre en 2024 et surtout 2025.

Au fond, c’est surtout l’inversion de tendance longue qui est frappante, et qui peut expliquer une partie des tensions sociales que vit notre pays comme bien d’autres. Dans les années 1970 et 1980, les niveaux de vie se rapprochaient, ce n’est plus le cas depuis une trentaine d’années. La « convergence des classes » (de revenus au moins) semble être une période révolue.

Photo : Sara Kurfess / Unsplash

Notes:

  1. Plus il est proche de 1, plus les revenus sont inégalement répartis. Plus il est proche de 0, plus ils sont également distribués.
  2. Toutes les données de cet article s’entendent après impôts et redistribution.
  3. Autrement dit, les 10 % du haut de l’échelle des revenus reçoivent un peu plus que l’ensemble des 40 % du bas réunis.
  4. Prime versée aux salariés les moins bien payés.