
En France, la pauvreté est d’abord urbaine. Le taux de pauvreté atteint près de 20 % dans les grands centres urbains en 20241, contre 15,4 % pour l’ensemble du territoire, selon l’Insee2. Il est de 15,3 % dans villes de plus petite taille3. Le taux de pauvreté est le plus bas dans l’habitat pavillonnaire périurbain en milieu rural (9,5 %), puis il remonte dans les campagnes isolées (12 %), mais demeure bien moins élevé qu’en ville. Au total, les villes rassemblent les trois quarts des personnes pauvres, dont près de 50 % vivent dans les grands centres urbains. 12,5 % habitent dans des territoires périurbains ruraux et 11,2 % en milieu rural isolé.

Les données de l’Insee contredisent la thèse d’une France abandonnée vivant au loin des villes, très médiatisée ces dernières années. L’étude des niveaux de vie occulte souvent l’effet de la densité de population, mettant l’accent sur des territoires très peu peuplés. Pour le visualiser, on peut utiliser l’outil mis en place par l’Observatoire des inégalités, qui permet de mesurer le nombre de ménages pauvres à partir de carrés de 200 mètres de côté. On y voit clairement apparaître la pauvreté urbaine.
Les plus pauvres vivent en ville, car c’est là qu’on y trouve du travail, notamment quand on est jeune. C’est aussi là que l’on a construit les logements HLM pour accueillir les familles modestes. Certains quartiers connaissent de graves difficultés sociales, avec des taux de pauvreté qui dépassent 50 % voire 60 %, d’où la mise en place de ce que l’on appelle la politique de la ville, avec des quartiers dits « prioritaires » pour tenter d’en améliorer la situation.

Copie d’écran de www.inegalites.fr/La-pauvrete-en-France-en-trois-dimensions
Rappeler que la pauvreté et surtout urbaine ne signifie pas que tout va pour le mieux en milieu rural. L’accès à l’emploi y est plus difficile. On compte aussi davantage de personnes âgées démunies, qui ont peu de perspectives. Au-delà du niveau de vie, on y vit plus loin des commerces, des loisirs, des manifestations culturelles, des services publics, par exemple pour étudier ou se faire soigner. Ce que l’on acceptait autrefois à la campagne comme une fatalité devient plus difficile à l’ère de la circulation des images et de l’information et que l’on se compare davantage avec les villes. On compte bien moins de pauvres à la campagne, mais la pauvreté y est souvent plus durable et structurelle.
Photo : Tom Préjeant / Unsplash
Notes:
- , ceux qui se constituent autour d’un pôle urbain comportant au moins 50 000 habitants (on y retrouve toutes les métropoles). ↩
- Le seuil de pauvreté utilisé dans cette étude est de 60 % du niveau de vie médian. ↩
- Des communes dites de densité moyenne, avec des pôles urbains de 5 000 à 50 000 habitants (des villes comme Saint-Nazaire, Montauban, Bastia, etc.). ↩

