
Le niveau de vie moyen des 10 % les plus pauvres (prestations sociales comprises) a augmenté de 700 à 850 euros mensuels (+ 21 %) entre la fin des années 1990 et le début des années 2000, dans une phase de forte croissance économique. Depuis, il stagne. Au cours des 20 dernières années, de 2002 à 2023 (dernière année disponible), il a même légèrement diminué de 847 à 828 euros. Logiquement, la part de la masse globale des revenus touchée par les plus pauvres s’amenuise (lire notre article). Seulement 3,4 % du total revient aux 10 % du bas de l’échelle, contre 3,8 % en 2002. Cette baisse de 0,4 point de pourcentage paraît minime, mais elle représente une perte globale de 7,5 milliards d’euros pour l’ensemble des plus pauvres, l’équivalent de 100 euros par mois et par personne.
Cette stagnation cache un phénomène rarement évoqué. Les revenus considérés ici comprennent les prestations sociales (allocations familiales, logement, etc) qui permettent à de nombreux ménages de vivre dans des conditions décentes. Hors prestations, le niveau de vie mensuel déclaré maximum des 10 % les plus pauvres a diminué de 874 à 803 euros mensuels entre 2008 et 2023, soit – 8 %. Pour beaucoup, cette source de revenu, issue de son propre travail, compte beaucoup plus que les prestations sociales.
Ces données en disent long sur l’état de la société française. Le discours récurrent sur le pouvoir d’achat cache de profondes inégalités. Du côté des catégories modestes, deux décennies de stagnation des revenus pèsent lourd. La situation actuelle, source de fortes tensions sociales, est surtout due au développement des emplois très précaires et à la faiblesse de l’indemnisation du chômage.


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