Le modèle de la famille à enfant unique est le plus courant en France : il concerne 45 % des familles contre 39 % pour celles avec deux enfants. Les familles nombreuses le sont beaucoup moins : 13 % ont trois enfants, 4 % quatre ou plus. Depuis les années 1980, les changements sont modestes : en 1982, 44 % des familles étaient déjà composées d’au moins un adulte et un seul enfant. Seul le modèle des familles de quatre enfants ou plus a continué à décliner lentement jusqu’au milieu des années 2000.

Cette photographie est trompeuse : elle reflète la composition des familles une année donnée, non le nombre d’enfants que les couples ont en moyenne tout au long de leur vie. Une partie des familles à enfant unique d’aujourd’hui en auront deux, voire trois ou plus demain. Ces données rassemblent des jeunes couples et d’autres beaucoup plus âgés. Pour comprendre le modèle familial, il faut observer le comportement des générations sur le long terme. L’inconvénient, c’est que l’on ne dispose des données que pour des personnes déjà âgées, au mieux dans les années 1960.

Pour les générations nées dans le premier tiers du XXe siècle, le phénomène le plus marquant est la diminution de la part de femmes sans enfant, qui chute de 25 % à 10 %. La vie en couple avec un ou des enfants demeure un modèle très largement dominant dans nos sociétés (lire notre article). La grande transformation de la famille date des générations nées dans les années 1930. Elle se structure de plus en plus autour du modèle du couple avec deux enfants, où les deux parents travaillent. La part de femmes ayant eu deux enfants a fortement progressé, de moins d’un quart pour celles nées au milieu des années 1920 à 40 % pour celles nées à partir de la fin des années 1940. Ce modèle devient, progressivement, le plus répandu.

La part des femmes ayant eu un seul enfant a légèrement diminué des générations nées entre 1900 jusqu’au milieu des années 1920, puis s’est stabilisée en dessous d’une femme sur cinq. La part de femmes ayant eu trois enfants a progressé de 14 % à 21 % entre celles nées dans les années 1910 et au milieu des années 1930, pour se maintenir à ce niveau par la suite. La proportion de familles nombreuses a décliné fortement à partir des générations nées à la fin des années 1920 et jusqu’à celles nées au milieu des années 1940. On enregistre d’abord une baisse des familles de cinq enfants ou plus, puis de quatre enfants. Depuis les générations des années 1950, la part de femmes ayant eu au moins quatre enfants demeure stable, autour de 10 %.

Les femmes nées entre le milieu des années 1920 et le milieu des années 1940 sont celles qui ont fondé des couples au cours des Trente Glorieuses, de l’après Seconde Guerre mondiale à la fin des années 1960, qui ont vécu la forte croissance économique et l’effervescence culturelle des années 1960 et 1970. Des générations de femmes de plus en plus diplômées, qui sont entrées sur le marché du travail et ont mieux contrôlé le nombre d’enfants qu’elles souhaitaient avoir, grâce aux nouveaux moyens de contraception. Le déclin de l’emprise des normes religieuses traditionnelles a joué, en particulier sur la baisse des familles nombreuses.

Pour les générations suivantes, nées entre la fin des années 1940 et 1960, on note une grande stabilité. Le modèle de la famille avec ses deux enfants reste le plus répandu (40 % des familles) mais n’est pas devenu hégémonique. Les familles nombreuses ne déclinent plus et la part de femmes sans enfant n’augmente guère. De la même façon, our les générations nées de 1960 à 1980 ^la composition des familles évolue peu. La part de femmes n’ayant eu aucun enfant progresse légèrement, au détriment de l’enfant unique. La proportion de femmes ayant eu deux enfants varie très peu.

Il est beaucoup trop tôt pour mesurer le nombre d’enfants mis au monde par génération de femme pour celles nées dans les années 1990. Le retour à des familles plus nombreuses est peu probable dans le contexte actuel. La part de femmes n’ayant pas eu d’enfant devrait augmenter, mais de manière modeste. Le modèle du couple avec ses deux enfants semble devoir se maintenir sur le temps long.

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