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Du collège aux filières d’excellence, la disparition des enfants d’ouvriers

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Au fil de la scolarité, la part des enfants d’ouvriers se réduit alors que celle des cadres s’accroît. La quasi-totalité des enfants suivent la filière générale du collège, quelle que soit leur origine sociale. On y compte un peu plus d’un quart d’enfants d’ouvriers et un peu moins de 20 % d’enfants de cadres supérieurs (données 2016 du ministère de l’Éducation nationale). Ceux, déjà en difficulté qui ne suivent pas la filière générale (moins de 3 % du total), sont orientés en Section générale d’enseignement adapté (Segpa) : parmi eux, on trouve plus de 40 % d’enfants d’ouvriers et 2 % d’enfants de cadres. Les inégalités sociales se forment pour partie dans l’enseignement primaire.

Les enfants d’ouvriers sont sur-représentés dans les filières professionnelles et techniques. Ils regroupent 38 % des élèves de CAP, 36 % des bacs pros. En première et terminale technologique, leur part est équivalente à celle de la population des parents en sixième 26 %. Plus on s’élève dans le cursus, moins ils sont présents : ils ne forment que 16 % des filières générales des lycées, 12 % des étudiants à l’université, 7 % en classes préparatoires et moins de 3 % des élèves des écoles normales supérieures. Inversement, la part des enfants de cadres augmente : 29 % en filière générale du lycée, le double dans les écoles normales supérieures.

Ces données illustrent la force des inégalités sociales à l’école. Pour les analyser correctement, il faut se garder de toute caricature. Le fait que les écarts entre milieux sociaux s’accroissent au fil des scolarités ne signifie pas que l’école augmente les inégalités. Le fait, par exemple, de retrouver quasiment autant d’enfants d’ouvriers en BTS qu’au collège montre bien comment l’école tire vers la haut les élèves et assure aussi la promotion sociale des catégories populaires. Sans le service public d’éducation, les écarts auraient une toute autre ampleur. En revanche, l’ampleur des écarts montre que notre système est loin de faire ce qu’il devrait pour assurer l’égalité des chances scolaires. L’introduction précoce de la lecture et d’autres apprentissages académiques à un âge où les inégalités entre enfants sont fortes se répercute tout au long de la scolarité. Dans l’ensemble de la scolarité, l’école n’explicite pas ses attentes mais favorise les « initiés » qui disposent des clés de réussite fournies non par l’école mais par leur milieu social (méthodes de travail, vocabulaire, orientation, etc.).


Une photographie du système éducatif

Le graphique ci-dessus ne mesure pas l’évolution d’une génération dans le temps, mais on observe à un moment donné la situation. Les 26 % d’enfants d’ouvriers en collège à la rentrée 2016 ne seront pas forcément 12 % à l’université. Si elle se démocratise, ils seront plus nombreux et inversement si elle devient plus élitiste. Malheureusement, on ne dispose guère de données récentes sur l’évolution au fil des générations : la dernière étude disponible porte sur les élèves entrés en 1995 au collège.