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Dépenses contraintes : le poids du logement

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La part des dépenses contraintes dans le revenu des ménages est passée de 12 % dans les années 1960 à près de 30 % en 2014, selon l’Insee, qui intègre dans cet ensemble les dépenses liées au logement, les assurances et services financiers, les dépenses de télécommunications et télévision, ainsi que les frais de cantine 1. La hausse a surtout eu lieu en deux étapes : le taux est passé de 12 % à 19 % dans les années 1960, puis de 20 à 26 % dans les années 1980 (voir graphique).

Les niveaux de vie ont augmenté sensiblement en France jusqu’à la fin des années 2000. Le revenu médian a été multiplié par deux depuis les années 1970, une fois l’inflation déduite. Une partie de cette hausse a été affectée à des postes que l’on ne peut guère modifier facilement. Cela ne veut pas dire qu’on ne vit pas mieux. Ces dépenses « contraintes » financent l’accès à des biens et services qui améliorent la vie : les conditions de logement se sont améliorées sensiblement, on est mieux couvert par des assurances, on peut communiquer partout à tout moment (téléphone mobile), etc.

Pour comprendre le problème posé par les dépenses contraintes, il faut observer le détail des différents postes. Un phénomène massif apparaît alors : c'est le logement qui plombe le revenu. La part des assurances a augmenté dans les années 1970 et 1980 pour atteindre 6 % des revenus, puis elle est revenue à 3 %. La part de la télévision et des télécoms s’est accrue jusque 3 % à la fin des années 2000, mais est retombée à 2,2 % en 2014 avec l’effet de la baisse des forfaits de téléphonie mobile. En revanche, les dépenses de logement n’ont quasiment cessé de s’élever, de 10 à 23 %, du fait de la hausse des loyers mais aussi de l’électricité et du gaz ou de l’ensemble des autres charges. Cette progression correspond pour partie à une amélioration des conditions de logement, mais aussi à un enrichissement des bailleurs qui ont augmenté les loyers à qualité équivalente.

Surtout, la hausse des dépenses contraintes a pesé sur les plus pauvres. Selon le Crédoc, leur part est passée de 24 % à 48 % entre 1979 et 2005 (dernière donnée disponible) pour les 10 % les plus pauvres, contre 20 à 27 % pour les 10 % les plus riches 2. Selon l’organisme, si l’on ajoute aux dépenses contraintes les dépenses incontournables (alimentations, transport, santé et éducation), l’ensemble pèse 87 % des revenus des plus pauvres, contre 65 % pour les plus riches (données 2005). Là aussi c’est le logement qui coûte cher. Le taux d’effort net (une fois les aides déduites) du logement atteindrait 56 % pour les ménages des 10 % les plus pauvres en 2013, contre 17,4 % en moyenne, selon les calculs de la Fondation Abbé Pierre, d’après l’enquête logement de l’Insee (voir notre article). Les jeunes ménages vivant en centre-ville sont les plus pénalisés par les hausses des loyers.

Au bout du compte, le « reste à vivre » ou « pour » vivre, terme préféré par le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE) 3 n’a rien à voir selon les ménages. Si l’on reprend la définition du Crédoc, il reste 80 € par mois au dixième le plus pauvre après dépenses contraintes et incontournables contre 1474 € au dixième le plus riche. Et encore, comme le note le CNLE, le reste à vivre des plus pauvres (notamment soutenu par les associations) n’est le plus souvent que de quelques euros quand il n’est pas négatif : « Quand on ajoute les « charges de la dette » (les remboursements de crédit), on arrive à des « reste pour vivre » négatifs pour tous les ménages, c'est-à-dire une situation budgétaire déséquilibrée en permanence », explique le conseil à partir des données fournies par le Secours catholique.

 

Notes:

  1. La notion de « contrainte » est subjective : on ne peut pas non plus éviter de s’alimenter, se vêtir, se soigner…
  2. « Les classes moyennes sous pression », Régis Bigot, Consommation et modes de vie n°219, mars 2009.
  3. « Pour une mise en œuvre du droit à des moyens convenables d’existence. Analyse établie autour du concept de « reste à vivre » », Rapport du CNLE, juin 2012.