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La télé amorce son déclin

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Allons-nous vers la fin de la télé ? Potentiellement, ce serait une révolution. Durant plusieurs décennies la télévision est restée de très loin le premier loisir des Français, sauf pour les plus diplômés. Elle a rythmé notre quotidien, façonné nos modes de vie. Le plus souvent, c’est devant la télévision que les familles se rassemblent. Depuis près de dix ans, son audience décline lentement, de plus en plus supplantée par de nouvelles images retransmises sur téléphone, tablette ou ordinateur.

Le petit écran occupe cependant toujours la première place en terme de loisirs, notamment pour les adultes. Chaque jour, les Français y consacrent plus de 3h30 en moyenne selon l’institut Médiamétrie 1. 60 % de la population regarde la télévision au moins quatre soirs par semaine. Entre 18h30 et 20h45, on compte environ 30 millions de téléspectateurs. Les plus âgés sont de loin les plus assidus : les plus de 50 ans y consacrent en moyenne plus de 5 heures chaque jour, les 15-34 ans environ 1h43 et les 4-14 ans 1h28 2.

Le boom de la télé date des années 1960 et il est fulgurant. A l’époque, moins d’un foyer sur cinq est équipé. Dix ans plus tard, les trois quarts ont un poste de télévision, vingt ans après, presque la totalité des foyers. Une lucarne sur le monde a débarqué à domicile. Entre 1982 et 1991, la durée d’écoute par foyer (c’est ainsi qu’elle est alors mesurée, voir graphique ci-dessous « Temps passé par foyer ») passe d’un peu moins de trois heures à un peu plus de cinq heures par jour. La durée individuelle (nouvelle mesure de l’audience depuis 1999, voir graphique) passe d’environ trois heures par jour à la fin des années 1990 à 3h40 au début des années 2010. La progression de 25 minutes par jour de l’audience entre 2009 et 2012 résulte pour beaucoup de l’apparition des chaînes gratuites de la télévision numérique terrestre. C’est à partir de cette période que s’amorce le déclin.

Le début de la fin ?

Le petit écran a encore de belles heures devant lui. La concurrence des autres formes d’écrans (ordinateurs ou jeux vidéo) existe depuis longtemps. Jusqu’à récemment, ils semblaient plutôt complémentaires : c’était l’audience de l’ensemble des écrans qui augmentait. Ce qui était vrai hier ne l’est plus tout à fait aujourd’hui. Le temps des individus n’est pas extensible à l’infini et la durée passée devant Internet progresse toujours. Selon Médiamétrie, chaque individu y consacre 1h37 par jour, contre 50 minutes en 2012 et 20 minutes il y a dix ans. La stagnation de la durée passée devant la télévision tous âges confondus masque une chute très nette depuis 2012 chez les 15-34 ans, de 2h45 à 1h43 en 2019 (voir graphique, courbe bleue). Pour les plus jeunes, ordinateurs et smartphones dominent : les 15-24 ans consacrent désormais même plus de temps à Internet qu’à la télévision. Youtube est devenue la chaîne favorite de bon nombre d’adolescents.

Allons-nous vers l’extinction du petit écran ? Si ces nouvelles pratiques demeurent cantonnées aux plus jeunes, l’audience de la télévision devrait peu diminuer. Une fois adultes, ils finiront bien devant la télé. On aurait alors juste un effet d’âge. L’amélioration de la qualité de l’image TV, du nombre de chaînes et la progression de la taille des écrans va dans ce sens. D’ailleurs, ces données ne comptabilisent pas la télévision à la demande par abonnement payant (comme Netflix). Selon Médiamétrie, les Français auraient consacré 13 minutes à ce type d’usage en 2019. Si on le prend en compte, la baisse de l’audience TV est moins grande. Une autre évolution est possible. Si les jeunes n’abandonnent pas leur écran individuel en prenant de l’âge, alors le petit écran pourrait connaître un sort comparable au cinéma dont le nombre d’entrées a été divisé par deux au cours des années 1960. Nous serions face à un effet de génération. Au fond, deux grandes questions – pour lesquelles on ne dispose que de peu de données – devraient être débattues : combien de temps consacrons-nous à visionner des programmes via la télévision ou un autre écran ? Consommons-nous des images collectivement (comme au « bon vieux temps de la télé ») ou individuellement ?



La télé, ou la distinction renversée
Dans les années 1960-1970, posséder un poste de télévision était un signe de distinction. Aujourd'hui, il est de bon goût dans les milieux éduqués de ne pas en avoir ou de la cacher, notamment de peur de ses conséquences pour le cerveau des jeunes enfants. Selon l'Insee, 98 % des ouvriers sont équipés d'au moins un poste, contre 93 % des cadres supérieurs (données 2014). C'est donc surtout une minorité très diplômée parmi les plus favorisés qui résiste au petit écran, et qui préfère l'ordinateur et Internet. En 2010 (dernières données disponibles), selon l'Insee, les ouvriers avaient passé en moyenne trois heures par jour devant le petit écran, contre 1h54 pour les cadres supérieurs. Ces derniers consacraient 1h26 par jour à l'ordinateur, contre 36 minutes pour les ouvriers. Avec l'élargissement de l'accès aux nouvelles technologies, il est en train de se passer la même chose pour : ne pas être connecté, notamment aux réseaux sociaux, devient une distinction.

 

 

Notes:

  1. Données 2019 pour les 4 ans et plus.
  2. Il s’agit de données moyennes sur l’ensemble d’une semaine, week-ends et congés compris. Les services de télévision à la demande par abonnement (comme Netflix) ne sont pas comptabilisés.