Alors que les cadres supérieurs représentent 10 % de la population, ils composent les deux tiers des personnes visibles sur le petit écran (dans les fictions, les divertissements ou encore les programmes d’information), selon l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom)1. Cette étude a été réalisée en observant les personnes qui prennent la parole, sauf dans les publicités et les bandes-annonces, sur les principales chaines entre 17 et 23 heures en 2021. Les professions intermédiaires, le cœur des classes moyennes, qui représentent 14 % de la population, ne sont que 5 % des personnes représentées à la télévision. Si les employés, soit 15 % de la population, sont un peu moins sous-représentés avec 8 % des personnages de la télévision, les ouvriers n’occupent qu’une portion très congrue : seulement 2 % pour 12 % dans la population.

Selon l’Arcom, cette situation se dégrade2. Entre 2013 et 2023, la part des employés et ouvriers à la télévision a été divisée par deux, de 16 % à 8 %, avec un déclin notable notamment à partir de 2017. Une évolution d’autant plus difficile à expliquer que la crise des « gilets jaunes » en 2019 a souligné la faible représentation médiatique des catégories populaires. Visiblement, cela n’a pas fait évoluer le comportement des chaînes de télévision.

Ces données sont fragiles : la catégorie sociale des personnes est évaluée par des experts qui visionnent les programmes. La profession de la personne qui passe à l’antenne n’est pas toujours identifiable. Les retraités sont considérés par l’Arcom comme une catégorie sociale, alors qu’il y a des retraités cadres, ouvriers, employés, etc. La surreprésentation des cadres est normale, puisque la télévision fait intervenir de nombreux experts, ce qui est une bonne chose. Il vaut mieux demander l’avis d’un médecin sur les mesures à prendre pour lutter contre une pandémie, que prendre en compte les préconisations du premier passant venu.

Reste que l’ampleur de la déformation de la structure sociale à la télévision pose problème. Les cadres sont 30 fois plus présents que les ouvriers et 6,5 fois plus qu’ils ne le devraient si le temps d’antenne était réparti en fonction de leur part dans la population. La télévision construit une image déformée de la société, largement plus favorisée que ce qu’elle est en réalité, ce qui a un impact sur les politiques publiques.

Photo : Raphael Renter / Unsplash