En 1978, 41 % des jeunes de 18 à 24 ans avaient quitté le système scolaire avec au mieux le brevet de fin de troisième et ne suivaient aucune formation selon le ministère de l’Éducation (ils sont qualifiés de « sortants précoces »). En quarante ans, cette proportion a été divisée par cinq et s’établit à 7,6 % en 2023 selon l’Insee1. L’évolution est considérable, même s’il ne faut pas oublier que des dizaines de milliers de jeunes quittent encore le système scolaire chaque année avec un bagage faible. Parmi ces sortants précoces, une partie a continué au lycée sans toutefois obtenir le baccalauréat.

La description souvent faite d’un système scolaire produisant en masse de l’échec est trompeuse : la proportion de 18-24 ans en grave difficulté à l’écrit est de l’ordre de 5 % et la part d’adultes illettrés a été divisée par deux en 20 ans. Au niveau européen2, la France fait mieux que tous ces plus grands voisins (Allemagne, Italie et Espagne), mais dans de nombreux pays le taux de sortants précoces est inférieur à 7 % (comme la Pologne, la Grèce ou l’Irlande). Sur longue période, la diminution de la part de jeunes ayant seulement le niveau du brevet est nette. Elle a surtout été forte entre les années 1970 et 1990 et s’est nettement ralentie depuis. Remarquons tout de même que depuis 2010, elle a baissé de de 11 % à 7,6 %. Beaucoup reste à faire pour que chaque jeune sorte de l’école avec un bagage suffisant.

Les difficultés de ceux qui n’arrivent pas à décrocher un titre scolaire sont considérables. Depuis les années 1980, le niveau de qualification de la population a progressé, mais les exigences du monde du travail aussi, sous l’effet de l’évolution des technologies et surtout de la persistance d’un niveau de chômage élevé. Les candidats à l’embauche sont nombreux et les entreprises privilégient les plus diplômés. D’où un effet de file d’attente et de déclassement d’une partie de la jeunesse. Ceux qui n’ont pas de titre scolaire sont relégués tout au bout de cette file.

Deux questions se posent. La première est celle de la qualification des jeunes : comment s’assurer que tous soient mieux formés ? En mettant l’accent sur le tri des meilleurs l’école française tend à accorder moins d’importance que d’autres pays à ceux qui ne réussissent pas à suivre le rythme des enseignements. Au collège, une partie des jeunes qui ne suivent plus attendent d’avoir 16 ans et disparaissent des radars ensuite. Réduire encore la part des sortants précoces imposerait de déployer des efforts conséquents entre les classes de sixième et troisième pour ne perdre personne en route. La seconde question est celle de la place faite par les employeurs aux diplômes en regard d’autres critères comme la compétence personnelle, le fait d’avoir eu des activités non scolaires, etc. Une partie des difficultés des moins qualifiés est liée à la valeur que notre société accorde au titre scolaire et à son emprise dans la société 3.

 

Photo : Lesli Whitecotton / Unsplash

Notes:

  1. Notons qu’environ deux points de baisse sont dus à un changement de méthode statistique à partir de 2004.
  2. Les données ne sont pas exactement comparables avec les données nationales.
  3. Sur ce sujet, voir Les sociétés et leur école. Emprise du diplôme et cohésion sociale. François Dubet, Marie Duru-Bellat et Antoine Vérétout, Seuil, 2010.