Le début du XXIe siècle est marqué par une forte féminisation des élus. Jusqu’à la fin des années 1990, la part des femmes parmi les députés avait stagné sous la barre des 6 %, elle atteint 39 % depuis 2017. Même tendance chez les sénateurs, même si le progrès n’a pas été aussi vif, la part des femmes atteignant 31,8 %. La tendance est encore plus marquée au niveau des assemblées locales. Les femmes représentent désormais 40 % des conseillers municipaux, la moitié des conseillers régionaux et départementaux.

Cette évolution au sein des assemblées délibérantes de la République est une nouvelle étape 75 ans après l’ordonnance de 1945 du général de Gaulle qui a accordé le droit de vote aux femmes. Les hommes ont laissé la place sous la contrainte, sous la pression de plusieurs lois sur la parité en politique, la première ayant été votée en juin 2000. Les avancées obtenues constituent un argument pour les défenseurs de la discrimination positive : l’imposition de quotas a accéléré un mouvement trop lent d’égalisation.

Les hommes ont cédé une partie de leurs places dans les assemblées, mais ils continuent à représenter 60 % des députés et presque 70 % des sénateurs. Ils ont surtout gardé les postes de décision. Une seule femme, Edith Cresson, a dirigé le gouvernement de la France et elle n’est restée à ce poste que dix mois, entre mai 1991 et avril 1992. La présence de femmes à la tête de grandes villes comme Lille (Martine Aubry) et Paris (Anne Hidalgo) masque le fait que 80 % des maires sont des hommes. Les femmes ne représentent qu’à peine plus de 10 % des présidentes de conseils communautaires (qui gèrent les agglomérations). Elles ne forment que 20 % des présidents de conseils départementaux et elles ne dirigent qu’une région sur trois. Au sein des exécutifs, elles occupent plus souvent des postes moins prestigieux. Au niveau local, elles sont par exemple plus souvent en charge de domaines soi-disant féminins, comme la petite enfance ou la santé. Au niveau national, les ministères clés comme l’économie et le budget restent dans l’immense majorité des cas détenus par des hommes.

L’ampleur du mouvement d’égalité entre les sexes au niveau des assemblées devrait porter ses fruits aux postes de pouvoir, même s’il faudra sans aucun doute quelques décennies pour un véritable partage du pouvoir. Ce mouvement ne résulte pas uniquement des pratiques des partis politiques mais il reflète la division des genres dans notre société, de la famille à l’école, en passant par l’emploi notamment.

La question de la représentation en politique ne pose pas uniquement un problème de genre. D’autres catégories de population, comme les jeunes, les personnes issues de l’immigration et les milieux populaires, par exemple, figurent en très mauvaise position sur ce sujet. Ainsi par exemple les employés et les ouvriers, qui représentent un peu moins de la moitié de la population, ne comptent que pour 5 % des députés selon une étude publiée par l’Institut Diderot1.

Notes:

  1. « Une Assemblée nationale plus représentative ? Mandature 2017-2022 », Eric Keslassy, Les Notes de l’lnstitut Diderot, Institut Diderot, septembre 2017.