
Le pouvoir d’achat est un sujet très médiatisé. Logique : dans une société de consommation, la variation de ses revenus compte si l’on veut accéder à la norme commune. L’argent ne fait pas le bonheur certes, mais il est difficile de vivre sans. Encore faut-il bien comprendre de quoi on parle.
L’évolution du pouvoir d’achat mesure ce que l’on peut réellement acheter en plus chaque année (lire notre définition). Pour le mesurer, il faut prendre en compte l’évolution du revenu et en déduire la hausse des prix. Si votre revenu augmente de 2 % mais que les prix en font autant, votre pouvoir d’achat stagne. Vous ne pouvez rien vous offrir de plus.
Dans ce domaine, la rupture est loin derrière nous. Des années 1960 au milieu des années 1970, le pouvoir d’achat s’accroit en moyenne de 5 % par an. On se représente mal ce que cela signifie. À ce rythme, le pouvoir d’achat double en quinze années. Vous pouvez acheter deux fois plus de bien et de services : on comprend l’euphorie de l’époque. Les logements deviennent plus spacieux et confortables, on s’équipe en masse en voitures, meubles, télévisions, etc. Les Années folles de la « société de consommation ».

Après 1975, l’histoire devient différente. Même si le pouvoir d’achat ne diminue presque jamais (sauf en 1983-1984, 2008 et 2025), le rythme de hausse est divisé par quatre : on passe à une moyenne de 1,4 % par an. Les ménages continuent à s’enrichir, mais beaucoup moins vite. Sur une période de quinze ans, la hausse n’est plus de 100 %, mais de 23 %1. Pour celles et ceux qui ont connu la période précédente le contraste est vif.
Ce changement a pour conséquence de créer des tensions sur la répartition de la richesse. L’évolution du pouvoir d’achat est une moyenne statistique, qui masque des inégalités importantes. Tous les ménages n’ont pas vu leurs revenus augmenter de 1,4 % en moyenne au cours des dernières décennies.
Pour comprendre cela, il faut observer l’évolution des niveaux vie après impôts par tranche de revenus. Au cours des 20 dernières années (2004-2024), le niveau de vie moyen des 10 % les plus modestes après inflation (leur pouvoir d’achat) a diminué de 2,3 %, alors que celui des 10 % les plus riches a augmenté de 24,2 %. En revenu annuel, après hausse des prix, les premiers ont perdu 240 euros, alors que les seconds ont gagné 15 000 euros à dépenser ou épargner en plus. Non seulement leurs revenus ont augmenté davantage que les autres, mais ils ont bénéficié des baisses d’impôt.
Si on compare aux années 1960, tout le monde s’enrichit moins qu’avant. Mais en faisant comme toutes les couches sociales étaient à la même enseigne, on oublie que les plus aisés continuent à vivre de plus en plus confortablement. À l’opposé, le niveau de vie des plus modestes stagne et chaque hausse des prix pèse sur ce qu’ils peuvent acheter. La tension est d’autant plus forte que pour ces derniers les restrictions portent sur des éléments essentiels des conditions de vie (chauffage, vêtements, nourriture, etc.).

Photo : Adrien Delforge/unsplash.com
Notes:
- Et même inférieure à 10 % pour les quinze dernières années. ↩

