Le taux de départ en vacances est à peu près au même niveau qu’il y a 35 ans. Il était de 61 % en 1989 selon l’Insee, et de 61 % en 2026 selon le Crédoc1. Le boom des départs en vacances s’est essentiellement produit entre les années 1970 et 1980. Le taux a alors grimpé de 42 % à 58 % entre 1964 et 19852. Après une baisse au milieu des années 1990, le taux est remonté au milieu des années 2000 autour de 60 %.

Selon les années, environ un tiers de la population ne part donc pas en congés et 14 % déclarent ne jamais partir. La définition des vacances est large : il suffit de passer quatre jours hors du domicile personnel une fois dans l’année. Les vacances elles-mêmes peuvent être de nature très différente. Il peut s’agir de partir à quelques kilomètres pour visiter de la famille ou des amis le temps d’un week-end prolongé, comme de s’évader plusieurs semaines dans des hôtels de luxe à l’étranger.

Le relatif plafonnement du taux de départ depuis trente ans peut s’expliquer de plusieurs façons. Les niveaux de vie stagnent pour les catégories les moins favorisées, ce qui ne facilite pas les départs. La croissance de la précarité de l’emploi rend aussi les choses plus difficiles. Une étude du Crédoc avait montré que la hausse du taux de départ à la fin des années 2000 et au début des années 2010 résultait pour l’essentiel d’une progression chez les seniors : le taux de départ des plus de 70 ans est alors passé de 32 % à 47 % entre 2008 et 2014. Les revenus de ces générations progressent car elles ont moins été marquées par le chômage et du fait de l’augmentation de l’activité féminine. En meilleure santé physique, leurs modes de vie – et leur rapport aux loisirs – changent.

De nombreux facteurs jouent. Une partie de la population est trop âgée pour se déplacer, certains sont en mauvaise santé ou changent de travail et n’ont pas de jours de congé. Mais dans ce domaine, le revenu a un rôle central. Selon l’Insee, la part de ceux qui figurent parmi les plus modestes et qui disent ne pas avoir les moyens de se payer une semaine de congé hors de leur domicile (voir graphique) a diminué dans les années 2010, mais stagne autour de 50 % depuis 2020. Cela représente environ six millions de personnes (enfants compris) qui ne partent pas faute de moyens. Les écarts sont énormes : si près de la moitié des 20 % les plus pauvres disent ne pas avoir les moyens de partir, c’est le cas de moins de 3 % des 20 % les plus riches.

Le contraste est grand entre la représentation commune des modes de vie des Français et le vécu d’une grande partie des familles de milieu populaire. Le modèle du couple et de leurs enfants qui se mettent au vert l’été et au blanc l’hiver reste l’apanage d’une petite fraction de la société. Selon le Crédoc, 37 % des cadres supérieurs partent plusieurs fois en vacances chaque année, contre 21 % en moyenne dans la population totale (données 2025). Parmi les ménages modestes, seuls ceux qui disposent d’un hébergement gratuit (famille ou amis) ou qui sont aidés par un comité d’entreprise (pour ceux qui travaillent dans les grandes entreprises) peuvent s’offrir de plus longs congés hors de chez eux.

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Notes:

  1. « Les freins au départ en vacances », Solen Solen Berhuet, Sandra Hoibian Sourcing Crédoc, N°Sou2026-5070, juillet 2026
  2. Depuis 2004, l’Insee ne publie malheureusement plus de données sur ce sujet.