
L’abstention progresse aux élections locales : 42,8 % des électeurs et électrices n’ont pas pris part au vote au premier tour des municipales 2026. La baisse est nette par rapport aux dernières élections de 2020 organisées en pleine crise sanitaire (avec 55,4 % d’abstention), mais la tendance est à la hausse depuis le début des années 1980. Par rapport à 2014, l’impossibilité pour l’électeur de modifier les listes dans les petites communes a joué explique une partie de l’augmentation. 21,6 % des électeurs s’étaient abstenus en 1983, soit plus de deux fois moins qu’en 2026.
L’abstention a aussi augmenté de manière spectaculaire au premier tour des dernières élections départementales et régionales : seul un électeur sur trois s’est déplacé en 2021, contre un sur deux lors des scrutins de 2015. La participation diminue à ce type d’élections depuis les années 1990 pour les régionales et 2011 pour les départementales.



La tendance est différente au plan national. Quand on passe en revue l’ensemble des différents scrutins depuis le début de la Vᵉ République, la thèse d’une inexorable désaffection vis-à-vis du vote ne se vérifie pas. À 33,3 %, l’abstention au premier tour des législatives de 2024 est revenue à son niveau des années 1990. Il s’agit du premier scrutin législatif depuis 1997 ne suivant pas une présidentielle.
À l’élection présidentielle, la seule qui compte réellement au niveau national, la participation reste massive et supérieure à la plupart des grands pays occidentaux. L’abstention avait atteint 25 % au premier tour de l’élection présidentielle de 2022, niveau inférieur au record de 2002 (28 %), mais nettement supérieur à la moyenne de la Vᵉ République (20 %). L’abstention s’est élevée à 48,6 % aux élections européennes de 2024, en baisse de plus de dix points par rapport au scrutin de 2009. On ne constate aucune tendance nette à la hausse au plan national.



L’évolution de l’abstention doit être analysée avec nuance. Elle augmente au niveau local, mais pas au plan national. Aux scrutins décisifs, l’abstention choisie serait très faible si on prenait en compte les électeurs empêchés involontairement (maladie, problème administratif, déménagement, électeurs très âgés, etc.). Les Français se déplacent quand ils ont le sentiment que leur bulletin compte. Le vote civique, par devoir moral, a décliné dans un contexte d’élévation des niveaux de diplôme : l’électeur a besoin de comprendre à quoi sert son geste. L’insistance médiatique sur les phrases chocs, sur la forme plus que sur le fond des programmes conduit une partie de l’électorat à se désintéresser de la politique.
Les scrutins sont peu médiatisés : la campagne pour les municipales de 2026 a été en grande partie occultée par le conflit militaire en Iran. À ce type d’élection, les différences de programmes entre les principaux candidats capables de l’emporter semblent minces pour beaucoup. En outre, rares sont ceux qui connaissent le champ d’action des départements et des régions, notamment chez les moins diplômés.
Au niveau national, les programmes des partis traditionnels majoritaires de la gauche et de la droite se sont rapprochés dans les années 1980 et 1990. L’importance de l’alternance politique est alors devenue moins évidente, mais dans les années 2000 la montée de l’extrême droite a réintroduit une dose d’enjeu. L’élection du président de la République, choix politique majeur dans la Vᵉ République, a toujours connu une forte participation. Depuis 2002, les législatives, qui suivaient de quelques semaines la présidentielle, étaient devenues un vote de second rang, entérinant le vote précédent. De fait, les Français sont revenus aux urnes pour l’élection de 2024 suite à la dissolution de l’Assemblée nationale décidée par le président de la République en cours de mandat. Il est très probable que l’élection présidentielle de 2027, la prochaine à venir, sera marquée par une faible abstention.
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