
Le taux de pauvreté augmente en France depuis le début des années 2000. Entre 2004 et 2024, il a progressé de 6,8 % à 8,8 % au seuil situé à 50 % du niveau de vie médian1, et de 12,4 % à 15,4 % au seuil de 60 %2 selon l’Insee. L’essentiel de la hausse a eu lieu dans les années 2000, et depuis 2021. Si on utilise le seuil de 50 % (lire notre définition), le nombre de pauvres a augmenté de 3,9 à 5,6 millions au cours des vingt dernières années, une hausse de 43 %.
Cette remontée constitue un tournant dans l’histoire sociale de la France. La pauvreté avait nettement baissé dans les années 1970 et 1980. Au seuil de 50 %, le taux de pauvreté s’est réduit de 12 % à 8 % entre 1970 et 1990. Le nombre de pauvres a alors diminué de 5,8 à 3,8 millions, alors que la population augmentait. À l’époque, les revenus des classes moyennes s’élèvent, mais ceux des plus modestes s’accroissent davantage, en dépit de la montée du chômage qui s’amorce à partir de la fin des années 1970. Les plus pauvres rattrapent les revenus des classes moyennes, en particulier les plus âgés, dont le taux de pauvreté s’est très fortement réduit.

Le milieu des années 1990, et surtout le début des années 2000, ont marqué un tournant. À partir de ce moment, la pauvreté progresse sous l’effet de plusieurs facteurs. Le nombre de familles monoparentales aux faibles revenus s’élève. Même si la France est moins accueillante que ses voisins, l’immigration reprend. Mais, au fond, la hausse de la pauvreté résulte d’une croissance qui demeure historiquement faible et, en conséquence, d’un niveau de chômage élevé. L’amélioration de la situation de l’emploi entre 2015 et 2020 a un effet réduit car elle s’accompagne d’une augmentation de la précarité et elle concerne peu les ménages très modestes. La déréglementation du marché du travail et les faibles augmentations des prestations sociales ces dernières années ont accentué le phénomène. Enfin, le refus de permettre à de très nombreux étrangers de travailler les empêche de sortir de la pauvreté, ce qui accroît le nombre de personnes totalement démunies.
Les données de l’Insee s’arrêtent en 2024, année marquée encore une fois par une forte hausse de la pauvreté. Il est impossible de dire ce qui s’est passé depuis, faute de données plus récentes. On sait que depuis l’été 2023 le chômage a nettement augmenté, que l’inflation a repris et qu’aucune mesure de soutien n’a été prise en direction des plus pauvres, ce qui n’augure rien de très favorable. D’ailleurs, le nombre d’allocataires des minima sociaux s’est accru jusqu’au début 2026.


Comprendre l'évolution de la pauvreté
L’évolution de la pauvreté est souvent mal interprétée. Le seuil de pauvreté est fixé par rapport au niveau de vie médian, le plus souvent à 50 % ou 60 % (voir notre article de celui-ci. Le niveau de vie médian est le revenu pour lequel la moitié de la population gagne moins, l’autre moitié davantage : quand il augmente, le seuil de pauvreté aussi.
Une hausse du nombre de pauvres ne signifie pas que la population soit de plus en plus pauvre, mais qu'un nombre plus important de personnes se situent en dessous de cette fraction du niveau de vie médian. On peut avoir une augmentation de la pauvreté alors que le revenu des plus pauvres augmente, mais moins vite que celui des classes moyennes.
Notes:

