Le nombre total d’allocataires de minima sociaux atteint 4,1 millions fin 2025, selon nos estimations d’après les données du ministère des Solidarités1. Il a retrouvé le niveau record de 2020, au moment de la crise sanitaire. La France compte un million d’allocataires de plus que dans les années 1990 et 2000.

Le nombre global d’allocataires a fortement augmenté entre 2010 et 2015, à la suite de la crise de 2008. Il a repris sa progression à partir de 2018, passant de 3,9 à 4,1 millions, ce qui représente environ sept millions de personnes couvertes, enfants compris2.

Ce chiffre global doit être interprété avec précaution. Il regroupe en effet quatre principales prestations qui peuvent évoluer de manière différente : le revenu de solidarité active (attribué aux personnes pauvres de plus de 25 ans), l’allocation de solidarité spécifique (chômeurs en fin de droits), l’allocation adulte handicapé et le minimum vieillesse.

Entre le milieu des années 1990 et la fin des années 2000, le nombre d’allocataires de minima sociaux a stagné autour de trois millions. La hausse de la pauvreté des adultes (concernés par le RMI, puis par le RSA) était alors compensée par la baisse de celle des plus âgés (allocataires du minimum vieillesse ou veuvage). La réduction du nombre de personnes âgées pauvres était liée en particulier à l’amélioration du niveau de retraite des femmes, du fait de la hausse de leur taux d’activité depuis les années 1970.

Au milieu des années 2000, le nombre d’allocataires du minimum vieillesse semblait avoir atteint un plancher. Les carrières professionnelles des femmes continuent à s’améliorer. Elles sont donc moins nombreuses à toucher le minimum vieillesse, mais de plus en plus de salariés arrivent à l’âge de la retraite avec des pensions amputées par les effets de période d’inactivité, de chômage ou de temps partiel notamment. À partir de 2019, et pour la première fois depuis le début des années 1990, on a constaté une augmentation du nombre de personnes touchant le minimum vieillesse. Mais cette évolution résulte pour partie de l’effet d’une revalorisation de son montant3.

Le nombre de personnes qui touchent l’allocation de solidarité spécifique (chômeurs en fin de droits) a fortement diminué entre 2017 et 2024, du fait de la baisse du chômage. L’inversion de la tendance sur le marché du travail depuis a logiquement entraîné une progression des allocataires ensuite.

Le nombre de celles et ceux qui perçoivent l’allocation adulte handicapé a augmenté de manière continue depuis 20 ans, pour atteindre 1,4 million en mars 2026, deux fois plus qu’au milieu des années 1990. Comme pour le minimum vieillesse, cette hausse s’explique en partie par sa revalorisation, mais elle reflète aussi un retrait du marché du travail de personnes marquées physiquement. Il s’agit aussi d’une politique de traitement du chômage : ces allocataires ne sont plus comptabilisés comme demandeurs d’emploi.

Enfin, le nombre de foyers allocataires du RSA, qui s’était stabilisé entre fin 2023 et fin 2024, a repris sa progression à la hausse. Il retrouve son niveau du milieu des années 2010. Notre modèle social a joué son rôle d’amortisseur pendant la crise sanitaire avec un soutien public massif. Mais le manque d’emplois et de formations laisse une partie des adultes durablement éloignés du travail. Il faut rappeler que les jeunes de 18 à 25 ans n’ont pas droit – sauf exception – au RSA.

Les clignotants sont désormais tous au rouge. La progression du nombre d’allocataires du minimum vieillesse devrait alerter sur le maintien d’une pauvreté des personnes âgées, d’autant plus inquiétante que ces personnes n’ont aucun moyen pour élever d’eux-mêmes leurs revenus. La hausse du nombre d’allocataires au titre du handicap laisse entière la question de leur accès à l’emploi. Enfin, le retournement à l’œuvre depuis 2023 sur le front du chômage pousse une partie des adultes vers le RSA ou l’allocation spécifique de solidarité.

Les personnes allocataires de minima sociaux subissent plus que les autres les conséquences de l’inflation. Les prestations sont en effet revalorisées sur la base d’un indice des prix calculé pour un ménage moyen qui reflète mal leurs dépenses. Pour les plus modestes en effet, la part des produits de base et de l’énergie est plus importante dans leur budget. Pour des personnes qui n’épargnent rien, chaque hausse de prix non compensée se traduit par des restrictions fortes sur des postes essentiels, comme la nourriture, le chauffage ou l’habillement.

Photo : useche360/Pixabay

Notes:

  1. Pour plus de détails sur le sujet, voir Minima sociaux et prestations sociales, ministère des Solidarités, décembre 2025.
  2. Les données portent sur des ménages, qui peuvent être composés de plusieurs personnes. En moyenne, on en compte 1,6 par foyer allocataire.
  3. Quand ce montant est réévalué, les personnes dont les revenus étaient inférieurs à la prestation peuvent alors la toucher.