À la question « quel est le salaire moyen en France ? », la réponse de n’importe quel moteur de recherche sur Internet est 2 700 euros mensuels nets pour un salarié à temps plein, reprenant les données de l’Insee. C’est à partir de ce chiffre que se fonde le débat public. Pourtant, ce n’est pas ce que disent les fiches de paie. Si on calcule la moyenne de ce que touchent les salariés, on arrive à 2 000 euros nets (donnée Insee 2022) par mois. Ce chiffre – que l’Insee appelle revenu salarial – comprend les personnes en temps plein (les équivalent temps plein, EQTP), mais aussi en temps partiel ainsi que celles qui n’ont travaillé que quelques mois dans l’année1. Raisonner en équivalent temps plein a du sens, mais mesurer le revenu salarial permet de mieux comprendre les niveaux réels de rémunération au travail.

Commençons par le bas. En France, 10 % des salariés perçoivent au maximum 272 euros nets par mois2. Chez les employés – on devrait dire les « employées » parce qu’il s’agit très majoritairement de femmes – ce chiffre est de 162 euros, pour les ouvriers il se monte à 220 euros. Employés et ouvriers représentent à eux seuls 45 % des emplois en France, ils constituent le cœur des catégories populaires. Avec 238 euros au mieux par mois, les femmes des 10 % du bas de l’échelle sont défavorisées par rapport aux hommes, qui se situent au plus à 317 euros mensuels. Parmi ces très bas salaires, certains n’ont travaillé qu’une partie de l’année et/ou à temps très partiel. Il s’agit notamment de femmes en temps partiel contraints, de jeunes qui n’ont que des morceaux d’emploi.

Quand on s’élève dans la hiérarchie, on note que la moitié des salariés ont moins de 1 758 euros par mois. Chez les employés, la moitié est en dessous de 1 354 euros de 1 523 euros chez les ouvriers. Enfin, en haut de la distribution, 10 % touchent plus de 3 568 euros. Chez les cadres, ce seuil des 10 % se situe à 6 215 euros, chez les employés à 2 328 euros.

Le raisonnement en temps complet permet de comparer les salariés sur une même base de temps de travail. Personne ne conteste qu’une personne à mi-temps touche moitié moins qu’une personne à plein temps. Elle gagne du temps libre en contrepartie. Le salaire à temps plein a plus de sens que le revenu salarial en matière d’inégalités par exemple.

Pour autant, les véritables revenus salariaux sont trop souvent négligés dans le débat public. Ils reflètent les niveaux de vie issus du travail, la base de l’autonomie dans une société marchande. Pour les catégories populaires, et les femmes en particulier du fait du temps partiel, ce sujet est essentiel. Une part importante de la population ne peut accéder, avec le seul fruit de son travail, aux normes de consommation en vigueur (loisirs, vacances, etc.) sauf à compter sur les autres quand ils le peuvent : parents, conjoints, amis, etc. Elles permettent aussi de mieux saisir les inquiétudes autour du pouvoir d’achat dans les milieux populaires dont les budgets sont extrêmement tendus.

Photo : Angelika Agibalova / Unsplash

Notes:

  1. Les salariés agricoles, les stagiaires et les personnes employées par des particuliers ne sont pas comptés.
  2. Cela ne veut pas dire que tous touchent ce niveau de salaire mensuellement, car on prend en compte les revenus sur l’ensemble de l’année divisés par 12.