Le taux de précarité1 atteint 15,1 % des emplois salariés, soit plus de deux fois son niveau des années 1980, selon nos estimations, d’après les données de l’Insee. La progression a été très forte du milieu des années 1980 à la fin des années 1990, le taux de précarité ayant grimpé de 7 % à 13,8 % en 2000. Jusqu’en 2013, on pensait que le phénomène s’était stabilisé, mais il est à nouveau reparti à la hausse, pour atteindre 16 % en 2017. Depuis, il a diminué d’un point, mais demeure à un niveau particulièrement élevé.

L’emploi n’est pas précarisé dans son ensemble. Les premières victimes de cette situation sont les salariés peu diplômés et les jeunes. Chez les moins de 25 ans, le taux de précarité est passé de 17 % en 1982 à 47 % dès 1999. Il a depuis dépassé les 50 % pour cette tranche d’âge, mais a baissé à partir de 2017. L’emploi précaire augmente chez les hommes comme chez les femmes. Si ces dernières restent plus souvent concernées (14,4 % contre 12,3 %), l’écart se resserre légèrement. La précarité de l’emploi a profondément modifié le marché du travail. En réduisant les horizons de vie, en empêchant les jeunes notamment à s’insérer durablement dans la société, elle nourrit les inquiétudes et les tensions sociales.

Comme à la fin des années 1990, la baisse du chômage a un impact positif sur le taux de précarité qui a diminué pour retrouver son niveau du milieu des années 2010. On assiste à un retournement d’importance : certaines entreprises s’inquiètent de ne plus arriver à recruter en contrat à durée indéterminée car elles font face à une volatilité de la main d’œuvre. Elles se rendent compte, un peu tardivement, que ce statut avait un intérêt pour elles aussi.

Le chemin à parcourir pour que le marché du travail retrouve de la stabilité reste long. Chez les moins de 25 ans, le taux de précarité atteint encore 55 %. Toute la question est de savoir si la phase actuelle sera durable ou si, comme à la fin des années 1980 ou au début des années 2000, elle ne constitue que l’une des phases d’un cycle et si, à la faveur d’un fléchissement de la croissance, la précarité reprendra sa tendance longue à la progression. Si c’est le cas, alors, les conséquences pourraient être dramatiques pour les plus jeunes notamment.

Notes:

  1. Somme des emplois à durée déterminée, en intérim et en apprentissage rapportée à l’emploi salarié.