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Du collège aux filières d’excellence, la disparition des enfants d’ouvriers

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Au fil de la scolarité, la part des enfants d’ouvriers se réduit tandis que celle des enfants de cadres s’accroît. La quasi-totalité des enfants vont au collège, quelles que soient leurs origines sociales : la part des catégories sociales à ce niveau de scolarité est donc représentative de la répartition des parents d’élèves dans la population totale. Les enfants de cadres (22,7 %) et d’ouvriers (24,1 %) y sont quasiment aussi nombreux, selon le ministère de l’Éducation nationale (données 2019-2020). Ceux qui ne suivent pas la filière générale (moins de 3 % du total) sont à cet âge orientés en Section générale d’enseignement adapté (Segpa) : parmi eux, on trouve près de 40 % d’enfants d’ouvriers et 2 % d’enfants de cadres, vingt fois moins. Les inégalités sociales se forment pour partie dans l’enseignement primaire.

Par la suite, les enfants d’ouvriers sont sur-représentés dans les filières professionnelles et techniques. Ils regroupent 34 % des élèves de CAP et des bacs pros où ils sont quatre fois plus nombreux que les enfants de cadres. En première et terminale technologiques, leur part est de 27 %, dix points de plus que dans les filières générales (17 %) où l’on compte deux fois plus d’enfants de cadres que d’ouvriers.

Plus on s’élève dans le cursus, moins on compte d’enfants d’ouvriers. Ces derniers forment 12 % des étudiants à l’université, 7 % dans les classes préparatoires aux grandes écoles et 3 % des élèves des écoles normales supérieures (parmi les plus sélectives des grandes écoles). Inversement, la part des enfants de cadres augmente : 29 % en filière générale au lycée, le double dans les écoles normales supérieures. À l’université, les enfants de cadres sont trois fois plus nombreux que ceux d’ouvriers alors qu’au collège, rappelons-le, leur part est équivalente. Dans les prestigieuses écoles normes supérieures, l’élite scolaire française, ils sont presque 30 fois plus représentés que les enfants d’ouvriers.

Ces données illustrent la force des inégalités sociales à l’école en France. Il faut se garder de toute caricature : le fait que les écarts entre milieux sociaux s’accroissent au fil de la scolarité ne signifie pas que l’école augmente les inégalités, contrairement à ce que l’on lit souvent. Il existe en France de véritables filières de promotion sociale. Par exemple, on trouve une part aussi élevée d’enfants d’ouvriers en BTS qu’au collège, ce qui montre bien comment l’école tire une partie des élèves vers le haut de la hiérarchie sociale. Sans service public d’éducation, largement gratuit, les écarts auraient une toute autre ampleur. En revanche, notre système est loin de faire ce qu’il devrait pour assurer l’égalité des chances scolaires essentiellement parce que la compétition y est très tendue, que l’école française laisse peu de place à l’expérience et qu’elle cherche à sélectionner quelques bons élèves plutôt que d’éviter d’en perdre un grand nombre en route.

 

 

 

 

 

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