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Le nombre d’allocataires du RSA diminue

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Le nombre de foyers allocataires du RSA baisse depuis décembre 2020. En mai 2021, il atteignait 1,94 million, soit 132 000 de moins qu’au début de l’année. Progressivement, il retrouve le niveau d’avant la crise de la Covid-19, ce qui constitue une très bonne nouvelle. Notre modèle social a joué son rôle d’amortisseur et le soutien massif à l’activité des entreprises a évité une récession qui aurait fait basculer toute une partie de la population dans la pauvreté.

Il faut nuancer cet optimiste. D’abord, parce que nous revenons à un niveau d’allocataires qui demeure très élevé. Ce dernier a fortement augmenté au cours des années 2010 : leur nombre était au début de cette décennie de 1,4 million. Ensuite, parce que le RSA n’est qu’un indicateur parmi d’autres de la pauvreté, que l’on pourrait dire “administrative” parce que, sous certaines conditions, elle reçoit un soutien de la collectivité. Les moins de 25 ans n’ont pas, sauf très rares exceptions, accès au RSA et l’on sait qu’ils figurent parmi les principales victimes de la crise. Bref, la prudence reste de mise.

Tous minima confondus, le nombre total de ménages allocataires a fortement progressé entre 2010 et 2015, s’est stabilisé, puis a augmenté à nouveau entre 2017 et 2019. Les dernières données d’ensemble portent en effet sur l’année 2019, elles n’intègrent donc pas l’impact de la crise sanitaire. Cette évolution reflète celle de quatre principaux minima : le RSA (personnes pauvres de plus de 25 ans), l’allocation de solidarité spécifique (chômeurs en fin de droits), l’allocation adulte handicapé et le minimum vieillesse. Ces minima varient dans des sens différents, qui se compensent partiellement.

Jusqu’à la fin des années 2000, hormis la phase de montée en puissance du revenu minimum d’insertion au début des années 1990, le nombre total de foyers allocataires de minima sociaux stagnait autour de trois millions. La hausse de la pauvreté des adultes (RMI puis RSA) était compensée par la baisse de celle des plus âgés (minimum vieillesse ou veuvage). La réduction du nombre de personnes âgées pauvres était liée en particulier à l’amélioration du niveau de retraite des femmes, du fait de la hausse de leur taux d’activité depuis les années 1970.

Depuis le milieu des années 2000, le nombre d’allocataires du minimum vieillesse semblait avoir atteint un plancher. Les carrières professionnelles des femmes continuent à s’améliorer (elles sont moins nombreuses à toucher le minimum vieillesse), mais de plus en plus de salariés (femmes ou hommes) arrivent à l’âge de la retraite avec des pensions amputées par les effets de la crise (inactivité, chômage, temps partiel subi, etc.). Il est trop tôt pour parler de reversement de tendance, mais on notera tout de même que pour la première fois depuis le début des années 1990, on constate une augmentation du nombre d’allocataires du minimum vieillesse.

Le nombre de ceux qui touchent l’allocation de solidarité spécifique (chômeurs en fin de droits) reste stable, voire diminue depuis 2015. En revanche, celui de ceux qui perçoivent l’allocation adulte handicapé progressent de près de 40 % au cours des dix dernières années, dépassant le million. Ceci s’explique notamment par sa revalorisation, mais reflète aussi un retrait du marché du travail de personnes marquées physiquement. Pour partie, il s’agit d’une politique non affichée comme telle de traitement du chômage : les allocataires n’étant plus comptabilisés comme demandeurs d’emploi. Enfin, le nombre d’allocataires du RSA, qui diminue donc aujourd’hui, a augmenté de 30 % au cours des dix années passées.

Au total, le nombre d’allocataires de minima sociaux s’est accru de 3 à 3,9 millions entre 2008 et 2015 (+ 25 %), puis la progression a nettement ralenti jusqu’en 2017, faute de redémarrage conséquent de l’activité économique. Une rupture de série à partir de 2016 rend difficile les comparaisons pour les années récentes. Si l’on utilise la nouvelle méthodologie, le nombre total d’allocataires a augmenté de 2 %  (+50 000 personnes) pour la seule année 2019.

Si l’activité économique redémarre, le nombre d’allocataires devrait diminuer dans les prochaines années. Même le nombre de ceux qui touchent l’allocation adulte handicapé devrait se stabiliser. Qu’en sera-t-il pour les plus âgés ? La remontée du nombre d’allocataires du minimum vieillesse en 2019 est-elle un (mauvais) signe ? L’amélioration des carrières féminines ne compensera pas toujours les effets du chômage et de la précarité sur l’ensemble des carrières à long terme sur les générations qui arrivent à l’âge de la retraite, qui sont encore celles nées à la fin des années 1950 et au début des années 1960, mieux loties que les suivantes.