Le débat sur l’insécurité est vif en France. Pourtant, aucune donnée statistique n’indique que le sentiment d’insécurité augmente. La part de personnes qui se disent « en insécurité dans leur quartier ou leur village » varie depuis bientôt quinze ans autour de 11 %, selon les enquêtes cadres de vie et sécurité de l’Insee1.

Les données détaillées par sexe et âge publiées par l’Insee livrent des éléments intéressants au débat. Tout d’abord, elles soulignent l’importance de l’écart entre femmes et hommes : la peur de l’insécurité est bien plus souvent féminine. Le sentiment d’insécurité est surtout très élevé chez les jeunes femmes. Plus d’un cinquième des 14-29 ans sont inquiètes. Pour elle, on observe d’ailleurs une progression assez nette, mais qui date des années 2000. Entre 2007 et 2013, la part de jeunes femmes qui disent se sentir en insécurité dans leur quartier ou leur village a augmenté de 16 % à 21 %, ce qui est significatif. Malheureusement, la tranche d’âge rassemble des femmes en situations très différentes : des préadolescentes qui vivent avec leurs parents comme des adultes autonomes qui approchent la trentaine. Ont-elles été plus touchées ? Est-ce leur perception qui a évolué ? Quoi qu’il en soit, il y aurait là matière à analyse et à apporter des réponses.

Pas plus que les faits constatés par la police et la gendarmerie, les enquêtes auprès de la population ne permettent d’observer une hausse du sentiment d’insécurité. Pourquoi alors autant de débat sur le sujet ? Généraliser à partir de faits divers n’a aucune valeur, mais jouer sur les peurs de la population créée de l’audience. Cette audience fait des recettes – via la publicité – pour les médias, de la notoriété pour les experts et les élus. Elle peut aussi, lors de campagnes médiatiques d’ampleurs, influencer les réponses aux sondages.

Pour l’avenir, l’évolution du sentiment d’insécurité dépendra de manière structurelle de deux grands facteurs. Des faits d’abord. Globalement, les violences physiques diminuent sur longue période dans nos sociétés, surtout les plus graves. Mais le sentiment d’insécurité peut venir d’incidents moins importants, d’incivilités du quotidien. De leur perception ensuite : moins la violence est grande dans une société, plus on est sensible faux faits qui persistent. La stabilité que nous observons sur la période 2007-2019 peut tout à fait résulter d’un côté d’une baisse des faits et d’un autre côté d’une moindre tolérance à niveau de violence équivalente.

Notes:

  1. Enquête la plus sérieuse sur le sujet, auprès de 15 000 ménages. Les données 2020 et 2021 n’ont pas été réalisées avec exactement la même méthodologie du fait de la crise sanitaire.