La part des dépenses contraintes1 dans le revenu des ménages est passée de 12 % au début des années 1960 à 30 % en 2025, selon l’Insee. Ces dépenses comprennent les frais de logement, les assurances et services financiers, les dépenses de télécommunications et télévision, ainsi que ceux de cantine scolaire. La hausse a eu lieu principalement des années 1960 au milieu des années 1980 : le taux est alors multiplié par plus de deux – de 12 % à 26 % – entre 1959 et 1985. Au cours des dix dernières années, il a très peu évolué.

Les niveaux de vie ont augmenté nettement en France jusqu’aux années 2000. Le niveau de vie médian a été multiplié par deux depuis les années 1970, une fois l’inflation déduite. Une partie de cette hausse a été grignotée par des postes de dépenses que l’on ne peut guère modifier. Elles sont contraintes, mais elles financent l’accès à des biens et services qui améliorent le quotidien : les logements sont de meilleure qualité, on est mieux couvert par des assurances, on peut communiquer partout à tout moment (téléphone mobile), etc.

Le poste logement représente les trois quarts des dépenses contraintes. Son poids n’a quasiment jamais cessé de progresser du début des années 1960 au début des années 2010, passant de 9 % à 23 % du revenu des ménages. Cette évolution résulte de la hausse des loyers, mais aussi de celle du prix de l’électricité, du gaz et de l’ensemble des autres charges liées à l’habitation. Elle correspond pour partie à une amélioration de l’habitat mais aussi à un enrichissement des bailleurs qui ont augmenté les loyers pour des logements équivalents. Une partie de l’élévation des revenus a ainsi été grignotée par le coût du logement.

La part des assurances (automobile, responsabilité civile, etc.) a triplé entre le milieu des années 1960 et la fin des années 1980, de 2 % à 6 % des revenus, puis elle est revenue à 3 %. Celle de la télévision et des télécoms s’est accrue jusqu’à 3 % au début des années 2000, mais est retombée à 2 % en 2019 avec l’effet de la baisse du coût des forfaits de téléphonie mobile. On notera un phénomène récent : en 2023, la part des assurances et services financiers a bondi de 3,1 % à 4,7 %. Ce qui semble un détail vaut tout de même 30 milliards d’euros de dépenses supplémentaires pour les ménages. Ils ont payé plus cher leurs assurances et les taux d’intérêt ont fortement augmenté.

La question des dépenses contraintes n’a rien de nouveau et dépend principalement du coût du logement. Comme pour le pouvoir d’achat, il s’agit d’une moyenne qui cache des disparités énormes. La hausse des dépenses contraintes n’a pas le même effet selon les niveaux de vie. Pour les 20 % du bas de l’échelle des revenus, ces dépenses représentent près du tiers de leur revenu, contre moins d’un cinquième pour les 20 % les plus riches, selon une étude de l’Insee (données 2017, les dernières disponibles). Et encore, les 20 % des plus modestes représentent une fourchette très large. Pour les plus démunis d’entre eux, la part du budget contraint, notamment le loyer, est bien plus élevée. L’effet est encore renforcé chez les jeunes qui vivent dans les grandes métropoles – notamment à Paris – qui subissent des coûts de logement très supérieurs à la moyenne.

Enfin, il ne faut pas confondre la notion de dépense contrainte avec celle de reste à vivre. Une part importante de ménages dépensent l’ensemble de leurs revenus ou presque chaque mois. En moyenne, les 20 % les plus pauvres épargnent 360 euros par an (lire notre article). Les plus modestes consacrent leurs revenus à des dépenses essentielles (alimentation, vêtements, déplacements, etc.) qui ne sont pas comptabilisées parmi les dépenses contraintes mais qui sont indispensables pour vivre. Faute d’épargne, ils subissent beaucoup plus que les autres les conséquences des hausses de prix, qui les amènent soit à s’endetter, soit à réduire des postes qui ont un impact direct sur leur mode de vie.

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Notes:

  1. L’Insee utilise l’expression « dépenses pré-engagées », car d’autres dépenses sont contraintes : on ne peut pas non plus éviter de s’alimenter, de se vêtir, de se soigner, etc. ↩