
La précarité énergétique touche un ménage sur dix en France, soit plus de six millions de personnes, selon les données 2023 de l’Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE). L’organisme considère comme précaires ceux qui figurent parmi les 30 % les plus pauvres et qui consacrent plus de 8 % de leur budget à l’énergie (chauffage et éclairage notamment). Le taux de précarité énergétique a diminué en dix ans, de 13,7 % en 2010 à 10,1 % en 2023. Si l’on corrige ces données des conditions météorologiques, la baisse est moindre : le taux est passé de 12,5 % à 10,8 %. Pour l’ONPE, cette évolution est liée principalement au renouvellement du parc de logements et à l’effet des rénovations : les logements sont de mieux en mieux isolés, les équipements de chauffage plus efficaces. Les ménages font aussi plus attention. Entre 2013 et 2023, la consommation globale d’énergie des ménages pour leur logement est passée de 190 à 158 kWh par m2, une diminution de 17 %. Cette baisse résulte aussi de comportements plus sobres du fait de la hausse des prix.

L’ONPE interroge les ménages sur les enjeux liés à l’énergie. Pas moins de 35 % disent avoir souffert du froid durant l’hiver 2024-2025, contre 14 % en 2020. Ces difficultés résultent d’une mauvaise isolation (32 %), d’une installation de chauffage insuffisante (15 %) ou d’une panne de chauffage (15 % également). 37 % indiquent des raisons financières. 36 % de la population dit avoir rencontré des difficultés dans l’année pour payer certaines factures d’énergie contre 10 % en 2013. Les jeunes de 18 à 34 ans sont les plus touchés : 60 % indiquent être concernés. En 2025, 74 % des ménages disent avoir restreint leur chauffage pour ne pas avoir de factures trop élevées à payer, contre 69 % en 2022.
En moyenne, les dépenses des ménages liées à l’énergie (chauffage et carburants) s’élèvent à 3 678 euros par an (donnée 2024). Elle demeure assez stable car la hausse des prix est en partie compensée par une moindre consommation. Mais le nombre de ménages qui faisaient l’objet d’une coupure ou d’une limitation de puissance suite à un impayé de facture de gaz ou d’électricité, qui était stable autour de 600 000 par an à la fin des années 2010, a fortement augmenté pour atteindre le double en 2024.
Le fait que le taux de précarité énergétique n’augmente pas ne doit pas masquer l’impact de la hausse du prix de l’énergie pour les ménages, pas uniquement les plus modestes. La fin du bouclier tarifaire (qui limitait la hausse des prix) rend en particulier la situation très délicate pour les personnes vivant dans des logements mal isolés et en particulier celles qui ont besoin de se chauffer tout au long de la journée, notamment les personnes âgées. Les moyennes masquent les difficultés de ces ménages.


Photo : Giulia Bertelli / Unsplash

