Quelle est la couleur de peau de la population vivant en France ? Répartir la population de cette manière n’est ni simple, ni anodin. En pratique, on n’imagine pas un enquêteur du recensement mesurer lui-même la couleur des personnes. Une grande partie de l’exercice est très subjective. Par ailleurs, la France interdit l’enregistrement de fichiers administratifs comportant ce critère compte tenu des dangers que cela pourrait représenter si ces fichiers étaient utilisés, par exemple, pour définir des politiques publiques.

Même si les travaux sont rares, il n’est en revanche pas interdit de réaliser des enquêtes sur le sujet auprès de la population. Ainsi, selon un sondage réalisé par l’Ifop en août 20251, les deux tiers de la population se disent perçus comme « Blancs » par le reste de la population, 6 % « Noirs », 7 % comme « Arabes ou Maghrébins », et 1,2 % comme « Asiatiques ».

20 % n’entrent pas dans ces catégories : 3,3 % pensent être perçus comme « métisses », 3,6 % d’autres origines et 13,2 % ne savent pas ou ne veulent pas répondre à la question. Il ne faut pas sous-estimer le rejet d’être catégorisé et la difficulté que cela représente pour les personnes issues de parents d’origines différentes : l’exercice lui-même n’a pas toujours de sens en soi. Il est probable que s’il fallait absolument choisir une case, la part des personnes « non Blanches » serait supérieure, sans doute autour de 25 % en additionnant les personnes perçues comme « Noires », « Arabes ou Maghrébines », « Asiatiques » et « métisses ».

Faute d’enquête similaire, Il n’est pas possible de mesurer des évolutions. Au cours des dix dernières années, la population immigrée vivant en France a augmenté de 9 % à 11 %. Environ la moitié des immigrés récents sont originaires d’un pays d’Afrique : la part des personnes perçues comme « non blanches » a donc très probablement légèrement augmenté ces dernières années, sans doute d’un point de pourcentage.

La collecte de données sur la couleur de la peau des personnes, sujet politiquement très sensible, doit se faire avec la plus grande précaution. Elle est pourtant importante. Par exemple, si l’on veut mesurer la représentation des minorités visibles dans les médias ou en politique. Un simple coup d’œil au trombinoscope de l’Assemblée nationale fait apparaître environ une trentaine de députés et députées2 qui peut être perçue comme « non blanche », soit 5 % de l’ensemble et entre quatre et cinq fois moins que leur proportion dans la population totale. Ces données permettent aussi de mieux mesurer la part non négligeable de la population potentiellement victime de racisme de discriminations.

Notes:

  1. « Racisme, antisémitisme, état des lieux des violences et des discriminations à caractère racial en France », Ifop, 9 avril 2025.
  2. Un exercice intéressant à faire car il permet à la fois de mesurer la sous-représentation de ces minorités mais aussi la difficulté du classement selon la couleur de la peau.