
37 % des Français estiment que les pouvoirs publics « ne font pas assez » pour les plus démunis, 40 % « ce qu’ils doivent » et 20 % qu’ils « font trop », selon le ministère des Solidarités (données 2025). La solidarité reste une valeur fortement ancrée dans la population, comme le montrent deux enquêtes, l’une menée depuis 25 ans par le ministère des Solidarités (le baromètre d’opinion de la Drees)1, l’autre, depuis 40 ans par le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) – enquête « conditions de vie et aspirations »2.

À la question du ministère des Solidarités « quelles sont les raisons qui, selon vous, peuvent expliquer que des personnes se trouvent en situation de pauvreté ? », la réponse (plusieurs sont possibles) qui arrive nettement en tête est le manque de qualification pour 68 % des Français. Pour 37 %, c’est l’absence d’emploi, en nette baisse entre 2016 et 2023 du fait de la diminution du chômage. Pour 54 %, cela résulte d’un manque de chance, quasiment au même niveau qu’en 2000. Enfin, 60 % pensent que les pauvres ne veulent pas travailler, chiffre qui a augmenté entre 2021 et 2022 pour dépasser le niveau déjà atteint il y a 20 ans (55 %).
Le Crédoc pose une question semblable, mais seules deux réponses sont possibles : « pensez-vous que les personnes sont en situation de pauvreté parce qu’elles n’ont pas fait assez d’efforts ? » ou « parce qu’elles n’ont pas eu de chance ? ». Le manque de chance domine de manière stable depuis trois décennies, avec 60 %, contre 40 % pour le manque d’efforts (données 2024). Les réponses demeurent, au fond, assez stables dans le temps. La part de ceux qui pensent que les pauvres ne font pas assez d’efforts a baissé de 36 % à 28 % entre 2005 et 2011, elle est ensuite remontée à 37 % il y a dix ans.
43 % des Français pensent qu’il faut augmenter le revenu de solidarité active (RSA), 25 % le laisser à ce niveau et 26 % le diminuer (données 2025, ministère des Solidarités). La part de ceux qui veulent l’augmenter baisse depuis 2021 où elle atteignait 63 %. Inversement, la part de ceux qui désirent le réduire a progressé au début des années 2010 puis depuis 2021. Elle est passée de 5 % à 26 % au cours des quinze dernières années.
L’immense majorité de la population perçoit les allocataires du RSA comme des personnes en situation difficile du fait de circonstances extérieures. La stigmatisation des pauvres par certains commentateurs ne modifie pas les valeurs fondamentales de la population, profondément solidaire. La fraternité, reste bien une valeur clé de la République française. Ce qui est aussi valable pour l’immigration ou l’homosexualité par exemple, contrairement à ce qu’indiquent de nombreux discours.
Des nuages apparaissent néanmoins. Depuis le début des années 2020 une part croissante de la population estime que les allocataires de prestations sociales devraient en faire plus. La part de ceux qui pensent qu’il faut baisser le RSA augmente. Cette évolution peut être due à l’ampleur des mesures prises après la crise sanitaire pour soutenir les plus démunis. Elle peut aussi résulter de la médiatisation des discours anti-assistanat de plus en plus fréquents, relayés par certains médias et réseaux sociaux. Pour l’heure, il est trop tôt pour parler d’évolution de fond des valeurs, ces mouvements restent très minoritaires. Pour combien de temps ?



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