50 % des Français estiment que les pouvoirs publics « ne font pas assez » pour les plus démunis, 41 % « ce qu’ils doivent » et 9 % trouvent qu’ils « font trop », selon le ministère des Solidarités (données 2021). La solidarité vis-à-vis des plus démunis reste une valeur majeure dans la population française, comme le montrent deux enquêtes au long cours, l’une menée depuis 20 ans par le ministère des Solidarités (le baromètre d’opinion de la Drees)1, l’autre, depuis 40 ans par le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) – enquête « conditions de vie et aspirations »2.

À la question du ministère des Solidarités « quelles sont les raisons qui, selon vous, peuvent expliquer que des personnes se trouvent en situation de pauvreté ? », la réponse (plusieurs sont possibles) qui arrive en tête est « parce qu’ils manquent de qualifications » pour 70 % des personnes interrogées en 2020. Vient ensuite « il n’y a plus assez de travail pour tout le monde » pour 62 %, en baisse très nette depuis 2016, reflet de la baisse du chômage avant l’impact de la crise liée au coronavirus qui a entraîné une légère remontée en 2020. Pour 59 %, c’est « la faute à pas de chance », quasiment au même niveau qu’en 2000. Ceux qui pensent que les pauvres « ne veulent pas travailler » sont 49 %, un chiffre qui évolue peu, sauf en 2014 où il a augmenté de sept points pour retrouver son niveau déjà atteint en 2007.

Le Crédoc pose une question semblable, mais seules deux réponses sont possibles ce qui ne permet pas de faire dans la nuance : « pensez-vous que les personnes sont en situation de pauvreté parce qu’elles n’ont pas fait assez d’efforts ? » ou « parce qu’elles n’ont pas eu de chance ? ». La faute à pas de chance » domine avec 59 %, contre 37 % pour le manque d’efforts (données 2018). Là aussi, les réponses demeurent, au fond, relativement stables dans le temps si l’on prend du recul. La part de ceux qui pensent que les pauvres ne font pas assez d’efforts a baissé de 36 % à 28 % entre 2005 et 2011, elle est ensuite remontée à 37 % en 2014.

Des Français solidaires

Pas moins de 62 % des Français pensent qu’il faut augmenter le revenu de solidarité active (RSA), 18 % le laisser à ce niveau et 16 % le diminuer, selon les données 2021 du ministère des Solidarités. La part de ceux qui veulent l’augmenter a diminué au tournant des années 2010 avec un fléchissement en 2014, mais elle est rapidement remontée ensuite. La part de ceux qui désirent le réduire a augmenté assez nettement de 2000 à 2015, de 5 % à 17 %, puis s’est stabilisée.

En dépit de discours répétés sur l’assistanat, les allocataires du RSA restent perçus comme des personnes dans une situation difficile qui reçoivent un minimum de solidarité de la part de la société leur permettant d’éviter des situations encore plus dramatiques. La stigmatisation des plus pauvres, médiatiquement très présente, ne prend pas vraiment dans l’opinion publique. Ceux qui ciblent les « assistés » n’en retirent pas un avantage aussi certain qu’ils le croient.

Ces données rejoignent ce que l’on peut observer au sujet de l’immigration ou de l’homosexualité par exemple : la France reste profondément solidaire et tolérante3. Sur une courte période, trois ou quatre ans, les réponses fluctuent en fonction de la médiatisation de tel ou tel phénomène ou de la conjoncture économique. Ainsi, l’impact de la crise économique liée au coronavirus relève les aspirations à davantage de soutien des plus démunis. Comme le souligne le politologue Vincent Tiberj4, les répondants aux sondages semblent aussi signaler à l’exécutif en place d’être prudent : sous les majorités de droite, le citoyen insiste sur « la faute à pas de chance », sous celles de gauche, il signale le « manque d’efforts ». Comme s’ils souhaitaient ajuster les politiques publiques.

 

Notes:

  1. Toutes les données sont disponibles gratuitement sur www.drees.solidarites-sante.gouv.fr.
  2. Voir « Liberté, égalité, individualité », Sandra Hoibian et al., Note de conjoncture sociétale, Crédoc, avril 2019.
  3. « De moins en moins de Français estiment que les immigrés sont trop nombreux », Centre d’observation de la société, www.observationsociete.fr, 6 juillet 2020, et « Valeurs : l’homosexualité largement tolérée mais pas banalisée », Centre d’observation de la société, www.observationsociete.fr, 19 juillet 2020.
  4. Voir Les citoyens qui viennent, comment le renouvellement générationnel transforme la politique en France, Vincent Tiberj, Puf, 2017.