En 2021, on a enregistré 59 000 naissances de plus que de décès. Ce solde  dit « naturel » (différence entre les naissances et les décès, en nombre de personnes) est en chute libre du fait de l’épidémie de coronavirus de 2020, même si la fécondité a remonté fin 2021. Il était déjà en diminution très nette depuis le milieu des années 2010, où il atteignait 280 000 personnes. Ce solde se situe à un niveau jamais atteint depuis la Seconde Guerre mondiale.

La différence entre les naissances et les décès est baptisée « solde naturel » par les démographes. Elle constitue le moteur « interne » de notre population, le moteur externe étant le solde migratoire (les entrées moins les sorties du territoire). Le solde naturel a presque toujours été compris entre + 200 000 et + 250 000 personnes chaque année depuis la fin des années 1970. Dans les années 1950 et 1960, il était de l’ordre de + 300 000. Si l’on met de côté l’effet du virus (fin 2020-début 2021), la diminution des dernières années résulte d’abord d’une augmentation du nombre de décès liée à l’effet retard du baby-boom qui provoque un death-boom. Les premiers baby-boomers, nés à la fin des années 1940, ont pris de l’âge et décèdent. La baisse du solde naturel est aussi le résultat d’une baisse du nombre de naissances dans les années récentes, en dépit d’une assez grande stabilité de la fécondité sur le long terme. Rien ne dit que cette baisse sera durable même si les incertitudes actuelles, notamment liées à la crise sanitaire, ne vont pas dans le sens d’une forte reprise.

Le solde naturel permet de comprendre comment la population évolue quand on ne prend pas en compte les relations avec l’extérieur (l’immigration et l’émigration). Son niveau a des conséquences très concrètes. Par exemple, avec 2,2 personnes par logement en moyenne, 110 000 habitants de plus nécessitent la construction de plus de 50 000 logements chaque année. Une augmentation de 75 000 du nombre de naissances requiert en théorie 3 000 nouvelles classes de 25 élèves en moyenne.

En France, la crainte que ce solde devienne négatif est grande. La population diminuerait hors apport migratoire, comme c’est déjà le cas dans un certain nombre de pays européens. Une crainte à relativiser. Certes, en 2021, l’écart entre les décès et les naissances a été minime, mais on est encore loin d’un solde négatif. Et dès la fin de l’année les naissances ont recommencé à augmenter. Le croisement des courbes des naissances et des décès est purement symbolique. Ce solde est négatif en Allemagne depuis le début des années 1970 et le pays ne s’en sort pas plus mal que nous. Pour que la population se réduise, il faut que l’écart devienne considérable et que l’immigration soit totalement stoppée, ce qui n’est jamais le cas en pratique.

La progression de la population n’est pas une fin en soi. L’évolution du nombre d’habitants a même des conséquences négatives : plus on est nombreux, plus on consomme des ressources non renouvelables. Ce qui importe n’est pas le nombre d’habitants, mais de savoir si les couples ont les enfants qu’ils désirent. La population a toujours été alimentée par un apport extérieur sans que cela soit insurmontable. Bizarrement, ce sont souvent ceux qui s’inquiètent de la faiblesse du solde naturel qui critiquent l’importance du solde migratoire. Cela n’empêche ni d’anticiper les répercussions du vieillissement sur le régime des retraites, ni de penser qu’une population qui finirait par s’éteindre faute d’enfants n’est pas un bon signe. On en est très loin puisque la descendance finale des générations augmente même légèrement dans les années récentes : les femmes nées au milieu des années 1980 ont eu plus d’enfants à 35 ans que celles nées dans les années 1970 (lire notre article).