En 2024, on a enregistré 1 000 décès de plus que de naissances : c’est une première depuis 1944. Ce solde dit « naturel » par les démographes est en forte baisse depuis le milieu des années 2010, quand il atteignait + 280 000 personnes. Notre pays a retrouvé un régime qu’il avait déjà connu du milieu des années 1930 à celui des années 1940.

La différence entre les naissances et les décès constitue le moteur « interne » de notre population, le moteur externe étant le solde migratoire (les entrées moins les sorties du territoire). Elle a presque toujours été comprise entre + 200 000 et + 250 000 personnes chaque année depuis la fin des années 1970. Dans les années 1950 et 1960, il était de l’ordre de + 300 000. Son niveau actuel tient autant à la progression des décès qu’à la baisse des naissances.

La diminution du solde naturel des dernières années résulte d’abord d’une augmentation de la mortalité liée à l’effet retard du baby-boom qui provoque un « death-boom ». Les premiers baby-boomers, nés à la fin des années 1940, ont pris de l’âge et décèdent. La baisse du solde naturel est aussi le résultat d’une baisse du nombre de naissances dans les années récentes. Les couples font des enfants plus tardivement, ce qui fait baisser la fécondité conjoncturelle (voir notre définition) depuis une dizaine d’années.

Si le solde naturel demeurait négatif, la population diminuerait hors apport migratoire, comme c’est déjà le cas dans un certain nombre de pays européens. Ce solde est négatif en Allemagne depuis plus de cinquante ans et le pays ne s’enfonce pas pour autant dans le déclin. La crainte du dépeuplement, très médiatisée en France, doit être relativisée. Le croisement des courbes des naissances et des décès est purement symbolique. Pour l’instant, rien ne dit que la diminution de la fécondité soit durable et qu’on n’assiste pas, comme dans les années 1990 et 2000 à une remontée des naissances. Historiquement, la population française a toujours été alimentée par l’immigration.

En France, il est difficile à faire entendre que la hausse de la population n’est pas une fin en soi. Notre pays souffre d’un complexe démographique vis-à-vis de ses voisins lié à son histoire : la baisse de la natalité y a été précoce, dès le début du XIXe siècle. Le régime démographique actuel conduit à une population stable sur le long terme ce qui n’est pas une mauvaise nouvelle pour l’avenir : plus on est nombreux, plus on consomme de ressources non renouvelables1. Au fond, il importe de savoir si les couples ont les enfants qu’ils désirent et, si ce n’est pas le cas, de définir les politiques les plus adaptées (logement, accueil de la petite enfance, etc.).

Cette situation n’empêche pas d’anticiper les répercussions du vieillissement, notamment sur l’équilibre des retraites. Ni de penser qu’une population qui finirait par s’éteindre faute d’enfants n’est pas un très bon signe. On en est très loin, puisque la descendance finale des générations augmente même légèrement dans les années récentes : les femmes nées au milieu des années 1980 ont eu autant d’enfants à 35 ans que celles nées dans les années 1970. La mise en avant de la perspective d’une extinction de la population est surtout un argument médiatique qui fait de l’audience en jouant sur la peur de déclin.

Photo : Solen Feyissa / Unsplash

Notes:

  1. Même si dans ce domaine, c’est surtout la manière de consommer qui joue.