Quand on étudie l’évolution des inégalités de revenus, on observe le plus souvent la variation du niveau de vie de telle ou telle catégorie (les 10 % les plus riches, les ouvriers, etc.). Assez rarement, on se penche sur la manière dont la masse des revenus est distribuée entre ces catégories, comme le gâteau de la richesse est partagé. Les dix dernières années montrent que ce partage a peu évolué, il est resté très inégal.

En 1997, les 10 % du haut de l’échelle ont reçu 22,8 % de l’ensemble des revenus, après impôts et prestations sociales, soit 2,3 fois plus que si la richesse avait été répartie également entre chaque tranche. Les 10 % du bas n’ont eu droit qu’à 3,3 %, soit environ trois fois moins que ce qu’ils auraient dû récupérer si cette richesse avait été distribuée de la même façon pour chaque tranche (donc 10 % chacune). Un peu plus de 20 ans plus tard, les choses ont peu changé. Les plus riches ont un peu augmenté leur part du gâteau, obtenant 23,9 %, les plus pauvres aussi avec 3,5 %. Le rapport entre ce que perçoivent les deux tranches est resté stable : les 10 % des revenus supérieurs touchent 6,8 fois plus que les 10 % inférieurs.

On la retrouve cette stabilité si l’on observe trois grandes catégories de revenus : les classes aisées (définies ici comme les 20 % du haut), moyennes (des 30 % du bas aux 20 % du haut) et classes populaires (30 % du bas). En 22 ans, leur part respective n’a quasiment pas changé : 38 % de la masse des revenus va aux 20 % les plus aisés, 47 % aux couches moyennes et 15 % aux classes populaires. Les 20 % du haut touchent 2,5 fois plus que les 30 % du bas. Les catégories moyennes représentent 50 % de la population et récupèrent 50 % du revenu global.

Quand on entre dans le détail des évolutions, on observe malgré tout des variations faibles, mais malgré tout intéressantes. Pour bien comprendre les évolutions, il faut avoir à l’esprit que 1 % de la masse des revenus vaut à peu près 15 milliards d’euros, ce n’est pas rien. Le dixième le plus pauvre a profité de la phase de forte croissance de la fin des années 1990, mais sa part dans l’ensemble a régressé au cours des années 2000. Elle est remontée ensuite de 2012 à 2016. Le dixième le plus riche a vu sa part du gâteau croître assez régulièrement de 1997 à 2011, mais les mesures d’imposition Sarkoy-Hollande l’ont fait revenir à son niveau de la fin des années 1990 dès 2013.

La répartition globale des revenus a peu changé au cours des 20 dernières années. Il est possible que des évolutions soient invisibles au niveau auquel nous les observons : elles ne disent rien de l’évolution du 1 % le plus riche ou le plus pauvre, ainsi que de l’impact de la crise liée à la Covid-19. On peut aussi l’interpréter autrement : en dépit de discours publics répété par différentes majorités sur le partage de la croissance, la répartition des revenus est restée tout autant inégale, notamment du fait du maintien du chômage à un niveau élevé au cours de cette période. Sa baisse depuis 2016 n’a pas – encore ? – eu d’effet à ce niveau.