Ce n’est plus un quart, mais désormais un tiers de la population qui vit en milieu rural, selon l’Insee. Il ne s’agit pas de l’effet d’un exode urbain, mais d’un changement de définition1. Avant, le monde urbain était défini comme un territoire où les bâtiments étaient proches (moins de 200 m d’écart, lire notre article) et rassemblant au moins 2 000 habitants. Désormais, c’est la densité d’habitants au km² qui est prise en compte, à la place du bâti.

Pour l’Insee, les communes urbaines comprennent les communes « denses » et celles dites « de densité intermédiaire ». L’institut ne communique malheureusement pas les données sur la densité de population de chaque sous-groupe ce qui le rend difficile à comprendre. Dans une précédente publication2, il avait indiqué que les communes denses se situaient en moyenne à environ 3 000 habitants au km² contre 413 habitants au km² pour les communes de densité intermédiaire. Quant aux communes rurales, elles comprennent les communes « peu » ou « très peu » denses, avec respectivement 64 habitants et 14 habitants au km². Il s’agit bien de moyennes et non de valeurs limites.

Avec cette nouvelle manière de compter, on obtient 12 % de communes urbaines, qui regroupent les deux tiers de la population et 88 % de communes rurales qui en rassemblent un tiers. La part de la population vivant en milieu rural augmente avec ce changement de méthode : cela signifie qu’une partie de la population classée comme urbaine du fait du bâti jusqu’à présent, mais vivait dans des territoires très peu peuplés. En conséquence, cette frange de la population urbaine est désormais comptée comme rurale.

En réalité, l’Insee va plus loin et prend aussi en compte la relation des habitants vivant à la campagne avec la ville, à travers l’emploi. Quand plus de 30 % des actifs d’une commune rurale travaillent en ville et que ces communes appartiennent à une aire d’attraction de ces villes3 de plus de 50 000 habitants, on dit qu’elles sont sous « forte influence » de la ville. Il s’agit souvent de communes périurbaines. Les communes qui appartiennent à ces aires d’attraction, mais dont moins de 30 % travaillent en ville sont dites sous « faible influence ». Enfin, les communes autonomes sont celles qui ne sont pas liées à une aire de plus de 50 000 habitants. L’objectif est alors de distinguer un monde rural peu dépendant d’une ville et un monde rural qui, au contraire, lui est lié. En schématisant : d’un côté des campagnes isolées et, de l’autre, le périurbain, qui peut être peu dense, et mais dont la population va souvent en ville.

En quoi ce changement est important ? Avec cette nouvelle définition, 14 % de la population vit dans des campagnes   « autonomes », 9 % dans un univers rural sous faible influence d’un pôle et 10 % sous forte influence. Ce qui semble un point de méthode est central. Hier, on considérait qu’un quart de la population était rurale, mais 5 % seulement habitant dans une commune rurale isolée. La proportion de personnes qui ont peu de relation avec les villes est bien plus importante que cela. La France a longtemps été un pays plus rural que ses voisins et elle en garde la trace, pas seulement dans son imaginaire. Cela peut aussi expliquer les tensions autour du manque de services publics ou de commerces ainsi que sur les prix des carburants dans ces territoires. Pour partie, l’évolution des modes de vie fait que celui qui vit à la campagne veut aussi disposer d’une partie des bienfaits de la ville. Pour partie aussi on a sous-estimé l’importance de la population qui vit loin des centres et qui, dans une partie du territoire, voit s’éloigner certains services, publics notamment.

Notes:

  1. « Une nouvelle définition du rural », in La France et ses territoires, Insee, avril 2021
  2. « Une nouvelle approche sur les espaces à faible et forte densité », in La France et ses territoires, Insee, avril 2015.
  3. Il s’agit en réalité de pôles, voir notre définition.