L’abstention progresse en France à la plupart des scrutins, sauf à l’élection présidentielle et aux élections européennes. En 2022, 15,8 % des électeurs se sont abstenus aux deux tours des élections législatives et aux deux tours des élections présidentielles (l’Insee parle « d’abstention systématique), un phénomène en augmentation depuis les élections de 2007, selon une étude de l’Insee.

Le niveau global de l’abstention masque surtout des écarts considérables selon les catégories de population, notamment selon l’âge et le milieu social. L’abstention systématique aux élections nationales a très peu progressé pour les 65 ans et plus (voir graphique). Pour les 30-64 ans, elle a diminué entre 2002 et 2007 et a remonté ensuite pour demeurer à un niveau similaire. À partir de 30 ans, la part de ceux qui ne votent pas demeure très réduite. Ce n’est pas le cas pour les 18-29 ans : la baisse de 2007 a été suivie par une progression bien plus importante : en vingt ans, l’abstention systématique est passée de 16 % à 24 %. Un quart des jeunes n’a participé à aucun scrutin de 2022.

Les écarts se sont très nettement creusés selon les milieux sociaux. Très peu de cadres s’abstiennent à tous les scrutins (6,8 % en 2022), en revanche, la part d’abstentionnistes systématiques est passée de 13,3 % en 2002 à 19,7 % en 2022 chez les ouvriers. Le diplôme est le facteur déterminant du vote : la part d’abstentionnistes systématiques a presque doublé entre 2002 et 2022 chez les non-diplômés, de 16,6 % à 30,4 %. Pour les diplômés de l’enseignement supérieur, elle a aussi progressé, mais de 5,9 % à 9,5 %. Si l’on croise âge et milieu social, l’abstention atteint des records : en 2022, la moitié des 18-29 ans sans diplôme n’a voté à aucun scrutin, contre 17 % des jeunes diplômés du supérieur.

Contrairement à un discours répandu, les Français continuent à voter en nombre pour les scrutins qui comptent. 78 % ont pris part au premier tour de l’élection présidentielle, un niveau du même ordre qu’aux élections précédentes. Une partie du déclin du vote aux législatives vient du fait que depuis 20 ans, elles suivent l’élection présidentielle, ce qui leur donne un rôle secondaire.

La désaffection principale vient des électeurs les plus jeunes et issus des milieux populaires. Ce phénomène résulte de nombreux facteurs. Une partie de la population en grande difficulté sociale mesure mal l’enjeu des élections et a d’autres préoccupations, ce qui n’a rien de récent1. La focalisation médiatique sur l’élection présidentielle fait passer les autres scrutins au second plan, il est logique que l’on vote beaucoup moins aux législatives. Le nouveau phénomène, c’est que les partis politiques de gauche, qui traditionnellement mobilisaient l’électorat populaire, n’arrivent plus à les convaincre de se déplacer. Selon une enquête de l’institut Ipsos réalisée après les législatives de 2022, près des deux tiers des ouvriers n’ont pas voté et parmi ceux qui ont voté, 18 % l’ont fait pour la Nupes et 45 % pour le Rassemblement national.

Notes:

  1. Le Cens caché, Daniel Gaxie, Le Seuil, 1978.