Progressivement, les salaires des femmes se rapprochent de ceux des hommes. Dans les années 1960, les hommes gagnaient en moyenne presque 60 % de plus1 que les femmes pour des temps complets, c’est-à-dire sans tenir compte de l’effet du temps partiel. Petit à petit l’écart s’est réduit. Le mouvement prend de l’ampleur à partir des années 1970 quand les générations de femmes scolarisées dans l’après-guerre qui arrivent sur le marché du travail. Ce mouvement va se poursuivre par la suite, un peu plus lentement en particulier du fait de l’élévation du niveau de diplôme des femmes et leur part croissante parmi les cadres supérieurs.

Avec une marge de 19 % en faveur des hommes (données 2018) il faudra encore bien longtemps pour que les femmes et les hommes disposent de salaires équivalents pour des temps complets. Au rythme de rattrapage des cinq dernières années, il faudrait encore un demi-siècle environ pour que la rémunération des femmes à temps complet atteigne celle des hommes. Rendez-vous donc en 2070.

Les nouvelles générations de femmes sont certes de plus en plus diplômées et accèdent à davantage de postes à responsabilité, mais la progression reste très lente. Pendant le même temps, l’emploi féminin peu qualifié se développe rapidement avec des rémunérations rarement supérieures au smic. L’emploi féminin devient plus inégal, on dit qu’il se « polarise ». Globalement, la situation des femmes sur le marché du travail demeure décalée par rapport à leur niveau de diplôme, surtout pour les plus jeunes. Parmi les personnes en emploi, la part des femmes disposant d’un diplôme supérieur à bac + 2 est plus élevée que celle des hommes depuis le début des années 2000 (lire notre article).

Ces données pour des temps complets sont… incomplètes. Elles masquent l’effet du temps partiel aux trois quarts féminin. Toutes formes d’emplois confondues, le « revenu salarial » (le salaire, tous temps de travail confondus) des hommes demeure supérieur de 30 % à celui des femmes. Pour partie, cela résulte d’un choix, mais de nombreuses femmes souhaiteraient travailler davantage. La moyenne des salaires cache aussi des écarts qui s’élèvent avec le niveau de rémunération. Selon l’Insee, pour des temps complets, les femmes les moins bien rémunérées touchent 94 % du salaire des hommes (80 euros de moins par mois). L’écart est faible parce que les salaires sont faibles et que le Smic joue forme un plancher. En revanche, au seuil des 10 % les mieux rémunérés, les femmes n’atteignent que 81 % des salaires masculins (770 euros de moins) et 77 % pour celui des 5 % (1 200 euros de moins). Plus on s’élève, plus l’écart est grand. Si les femmes rattrapent difficilement leur retard, c’est donc lié à trois facteurs : 1- leur faible présence aux postes les mieux payés, 2- l’ampleur de l’écart de rémunération entre le haut et le bas de la hiérarchie globale des salaires en France, 3- la dévalorisation des métiers au sein desquels la part des femmes est plus importante.

Ne pas confondre inégalité salariale et discrimination

Les données que nous utilisons portent sur l'écart de salaire pour des temps complets. Il ne faut pas confondre cet écart et le niveau des discriminations. On parle de discrimination pour deux personnes dont le profil ne diffère que du fait du genre. L'écart pour des temps complets annule l'effet du temps partiel, mais il ne tient pas compte d'autres facteurs. Par exemple, les femmes travaillent plus souvent dans des secteurs dans lesquels les salaires sont plus faibles, elles sont moins souvent cadres. Si on tient compte de tous ces facteurs on obtient une évaluation de la discrimination, de l'ordre de 5 %. C'est une estimation, en réalité de ce qui reste quand on a éliminé l'effet de tous les facteurs que l'on connaît. Attention : la discrimination peut se loger en amont et elle n'est alors pas prise en compte comme telle : par exemple, dans ce qui fait que les femmes se dirigent vers tel ou tel secteur.

 

 

Notes:

  1. Nous rapportons l’écart de salaire entre les femmes et les hommes au salaire des femmes. L’Insee préfère le rapporter à celui des hommes, ce qui montre alors combien les femmes touchent en moins que les hommes et non l’inverse.