
Dans les années 1960, les hommes gagnaient en moyenne presque 60 % de plus que les femmes pour des temps complets (sans tenir compte de l’effet du temps partiel)1. Petit à petit, l’écart s’est réduit pour atteindre 16 % en 2022, selon l’Insee. Le mouvement prend de l’ampleur à partir des années 1970, quand les générations de femmes scolarisées dans l’après-guerre arrivent sur le marché du travail. Ce mouvement va se poursuivre par la suite un peu plus lentement à partir du milieu des années 1980.
Au rythme de rattrapage des cinq dernières années, il faudrait encore 20 ans pour que la rémunération des femmes à temps complet atteigne celle des hommes. Les nouvelles générations de femmes sont de plus en plus diplômées et accèdent davantage à des postes à responsabilité (elles représentent 42 % des cadres supérieurs) mieux payés, mais la progression reste lente. Pendant le même temps, l’emploi féminin peu qualifié se développe avec des rémunérations rarement supérieures au smic. La situation des femmes sur le marché du travail demeure décalée par rapport à leur niveau de diplôme, surtout pour les plus jeunes. Cela fait déjà 40 ans que l’on compte plus de femmes de 25 à 49 ans diplômées de l’enseignement supérieur que d’hommes. Parmi les personnes en emploi, la part des femmes disposant d’un diplôme supérieur à bac + 2 est plus élevée que celle des hommes depuis le début des années 2000 (lire notre article).

Ces données pour des temps complets demeurent incomplètes. Elles masquent l’effet du temps partiel, aux trois quarts féminin. Le revenu salarial (le salaire, tous temps de travail confondus) médian2 des hommes demeure supérieur de 25 % à celui des femmes. Pour partie, le temps partiel résulte d’un choix, mais environ un quart des femmes dans ce cas souhaiteraient travailler davantage. La moyenne des salaires cache par ailleurs des écarts qui s’élèvent avec le niveau de rémunération. Le salaire médian des hommes dépasse celui des femmes de 10 % en équivalent temps plein. Mais celui des 1 % du haut de l’échelle est supérieur de 36 %.
Les femmes rattrapent difficilement leur retard du fait de trois facteurs. Même si on compte de plus en plus de femmes parmi les cadres supérieurs, elles restent largement sous-représentées aux postes de direction. Mais l’écart est aussi le résultat de l’ampleur des inégalités entre le haut et le bas de la hiérarchie globale des salaires en France. Enfin, les métiers au sein desquels la part des femmes est plus importante (dans le secteur de l’aide à la personne par exemple) disposent de rémunérations en moyenne plus faibles.

Discrimination : 4 % d'écart pour les mêmes emplois
Il ne faut pas confondre l'écart de salaire et les discriminations. Dans ce dernier cas, on compare deux salariés de sexe différents pour un même poste. L'écart pour des temps complets (cf plus haut) annule l'effet du temps partiel, mais ne tient pas compte d'autres facteurs comme le fait que les femmes travaillent plus souvent dans des secteurs où les salaires sont inférieurs. Si on tient compte de tous ces facteurs, on obtient une évaluation de la discrimination de l'ordre de 4 % pour des postes équivalents. Mais les discriminations peuvent se loger en amont : par exemple, ce qui fait que les femmes s'orientent vers tel ou tel secteur d'activité, qu'elles optent pour le temps partiel, etc.
Photo : Mathieu Stern / Unsplash
Notes:
- Nous rapportons l’écart de salaire entre les femmes et les hommes au salaire des femmes pour mesurer combien les hommes touchent en plus. L’Insee préfère le rapporter à celui des hommes, ce qui montre alors combien les femmes touchent en moins. ↩
- (la moitié des salariés touche davantage, la moitié moins ↩

