
La société française est une société riche, au sein de laquelle la population est très soucieuse du sort des plus démunis (lire notre article). La pauvreté préoccupe huit Français sur dix, selon le baromètre annuel du ministère des Solidarités (données 2025). Seuls 3 % ne s’en soucient « pas du tout » et 15 % « peu ». Mais depuis 2013 la part de ceux que la pauvreté inquiète « beaucoup » a nettement diminué – de 61 % à 37 % – et celle de ceux que la pauvreté préoccupe « peu » a triplé, de 5 % à 15 %. En contrepartie, la part de ceux que la pauvreté inquiète « assez » est passée de 32 % à 45 %.
92 % des Français estiment que la pauvreté et l’exclusion ont augmenté au cours des cinq dernières années (période 2020-2025). Ce chiffre a progressé dans les années 2000, il est stable depuis quinze ans. Les préoccupations autour de la pauvreté dépendent de plusieurs facteurs. Elles peuvent être liées à la situation économique et sociale, mais aussi à la médiatisation du phénomène.


L’inquiétude quant à l’avenir reste forte. La courbe est très similaire au jugement porté sur le passé. 92 % de la population estime que la pauvreté va croître dans les cinq prochaines années (donnée 2025). Ce chiffre a progressé de 60 % à plus de 80 % durant la décennie 2000. Ni la reprise de l’emploi constatée entre 2015 et 2023, ni les politiques publiques mises en œuvre n’ont entraîné un changement d’appréciation.
La part de la population qui s’estime pauvre a doublé entre 2014 et 2019, pour atteindre 18 %. Elle est de 16 % en 2025, deux fois plus que le taux de pauvreté monétaire au seuil de 50 %. La part des personnes qui pensent qu’elles risquent de devenir pauvres a été divisée par deux, de 32 % à 16 % entre 2014 et 2025. Au total, trois personnes sur dix se jugent pauvres ou craignent de le devenir. Ce pessimisme est fondé. Si l’on considère une période de neuf années, un tiers de la population a connu au moins une année en situation de pauvreté (donnée mesurée entre 2005 et 2018), selon le sociologue Pierre Blavier1.
Ces données reflètent l’appréciation subjective de la situation sociale par la population. Chacun a sa définition de la pauvreté. Pour les personnes interrogées, le mot ne signifie pas toujours vivre dans la misère, mais traduit une inquiétude par rapport aux niveaux de vie, fondée sur les difficultés sociales qui touchent les milieux populaires. Pour les plus démunis, les revenus n’augmentent plus en effet depuis une vingtaine d’années, contrairement aux catégories supérieures. À cela s’ajoute la crainte de perdre son emploi dans un contexte de précarisation de l’emploi, même si le chômage diminue.


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Notes:
- Trajectoires de pauvreté : profils déterminants et conséquences, Pierre Blavier, rapport de recherche CNLE, novembre 2024. ↩

