La société française est une société riche, au sein de laquelle la population est soucieuse du sort des plus démunis (lire notre article). La pauvreté préoccupe plus de huit Français sur dix, selon le baromètre annuel du ministère des Solidarités (données 2021). Seuls 3 % ne s’en soucient « pas du tout » et 14 % « peu ». En revanche, depuis 2013, on note une inflexion : la part de ceux que la pauvreté inquiète « beaucoup » a nettement diminué – de 61 % à 36 % – et la part de ceux que la pauvreté préoccupe « peu » a augmenté de 5 % à 14 %. En contrepartie, ceux que la pauvreté inquiète « assez » sont passés de 32 % à 47 %. On notera que la crise sanitaire n’a eu beaucoup d’effet sur l’opinion publique.

88 % des Français estiment que la pauvreté et l’exclusion ont augmenté au cours des cinq dernières années (période 2016-2021). Ce chiffre a progressé dans les années 2000, il est relativement stable depuis dix ans. Les préoccupations autour de la pauvreté dépendent de plusieurs facteurs. Elles peuvent être liées à la situation économique et sociale, mais aussi à la médiatisation du phénomène. À long terme, les réponses évoluent de manière assez comparable au nombre de personnes pauvres constaté dans les chiffres officiels : entre le début des années 2000 et le début des années 2010, ce nombre a augmenté de 4,2 à 5,2 millions au seuil à 50 % du niveau de vie médian. Le jugement des Français quant à la pauvreté et l’exclusion s’en ressent.

L’inquiétude quant à l’avenir reste forte. La courbe est très similaire au jugement porté sur le passé. 86 % de la population estime que la pauvreté va croître dans les cinq prochaines années (donnée 2021). Ce chiffre a progressé durant la décennie 2000 de 60 % à plus de 80 %. Ni la reprise de l’emploi constatée entre 2016 et 2020, ni les politiques publiques mises en œuvre ne sont assez fortes pour entraîner un changement d’appréciation. La crise sanitaire n’a eu qu’un faible effet en 2020, et, en 2021, le chiffre est revenu à son niveau de 2019.

L’appréciation sur la situation personnelle

La part de la population qui s’estime pauvre a doublé entre 2014 et 2018, pour atteindre 18 %, soit deux fois plus que le taux de pauvreté monétaire au seuil de 50 % du niveau de vie médian. La part de personnes qui estiment qu’elles risquent de devenir pauvres a en revanche diminué de 32 % à 14 % entre 2014 et 2021. Au total, quatre personnes sur dix se jugent pauvres ou craignent de le devenir. Ce pessimisme n’a rien d’exagéré : c’est un peu plus que la part de personnes ayant été confronté à la pauvreté sur une durée de cinq ans, selon une étude de l’Insee réalisée à la fin des années 20001.

Pour les personnes interrogées, le mot « pauvreté » ne signifie pas vivre dans la misère, mais traduit une inquiétude forte par rapport aux niveaux de vie, fondée sur les difficultés sociales qui touchent en particulier les milieux populaires. Pour les plus démunis, les revenus n’augmentent plus en effet depuis une vingtaine d’années, contrairement aux catégories supérieures. À cela, s’ajoute la crainte de perdre son emploi dans un contexte de précarisation des statuts, même si le chômage diminue. Ces peurs sont au cœur de tensions sociales majeures.

Notes:

  1. « Pauvreté monétaire et en termes de conditions de vie : sur cinq ans, un tiers de la population a été confrontée à la pauvreté », in Les revenus et le patrimoine des ménages, édition 2012, Insee, juillet 2012.