En 2020, l’épidémie de la Covid-19 avait fait perdre environ une demi-année de vie aux Français. En 2021, l’épisode est déjà à moitié effacé pour les hommes est presque totalement pour les femmes. L’espérance de vie à la naissance est remontée à 79,4 ans pour les premiers et 85,5 ans pour les seconds, quasiment au niveau de 2019.

Au total, l’épidémie aurait fait 70 000 morts en 2020, mais le nombre de décès n’a augmenté « que » de 55 000, notamment parce que le confinement et les protections sanitaires ont eu des effets sur d’autres causes de mortalité (sur les routes, par exemple) et qu’une partie des personnes décédées l’auraient été de toute façon dans l’année en l’absence d’épidémie.

Depuis 1950, les Français et Françaises ont gagné 16 ans d’espérance de vie à la naissance. De nombreux facteurs contribuent à cet allongement. Sur longue période, les conditions matérielles de vie s’améliorent, le travail est moins pénible physiquement et le nombre d’heures de travail baisse. Plus diplômés, les individus sont de plus en plus attentifs à leur santé et à leur corps en particulier (hygiène, alimentation, etc.). L’accès aux soins progresse. Dans les années plus récentes, les progrès qui ont le plus accru la durée de vie ont surtout été réalisés en faveur des personnes les plus âgées (autour de 80 ans pour les femmes et 70 ans pour les hommes), principalement en raison d’une amélioration des traitements des cancers et des maladies de l’appareil respiratoire.

Cette évolution va-t-elle se poursuivre ? Dans son scénario dit « central » de projection démographique, l’Insee applique aux années futures les évolutions actuelles. Dans cette hypothèse, l’espérance de vie à la naissance atteindrait 90 ans pour les femmes et 87 ans pour les hommes en 2070. Depuis le milieu des années 2010 cependant, les progrès semblent moins rapides. Entre 2011 et 2015 chez les femmes, et entre 2014 et 2016 chez les hommes, l’espérance de vie a stagné. Elle plafonnera bien un jour, même si personne ne sait dire quand (voir notre article). L’épidémie de Covid-19 a bousculé les séries historiques, les années qui viennent seront donc à observer avec attention.

Les progrès de la longévité dépendront de la capacité de la médecine à ralentir les effets du vieillissement et à réparer les organes dont les fonctions se détériorent avec l’âge. Ils résulteront aussi de l’évolution des modes de vie, notamment de la consommation de tabac et d’alcool. L’état de santé dépend aussi pour beaucoup de la quantité d’heures travaillées (durée hebdomadaire et nombre d’années) et de la pénibilité physique au travail. L’essor d’emplois peu qualifiés, dont une partie s’exerce à l’extérieur (comme les livreurs de repas à vélo) va jouer. De nouvelles pénibilités sont-elles en train de naître ? Cette question est essentielle pour comprendre le futur de l’espérance de vie.

Un dernier paramètre est venu bouleverser les analyses des années précédentes. La crise de la Covid-19 a montré que nos sociétés, en dépit des immenses progrès sanitaires effectués ces dernières décennies, n’étaient pas à l’abri d’une catastrophe. Dans ce cas, la technologie a joué un rôle majeur : des vaccins ont été mis au point avec une rapidité jamais atteinte. Il est aussi possible qu’émergent de la crise sanitaire de nouveaux traitements, repoussant les limites de la vie. Rien n’est donc jamais définitivement acquis en matière de durée de vie, alors que nous nous sommes habitués au cours des dernières décennies à un progrès quasi continu de la vie.

Les bébés de 2020 vivront-ils plus de 100 ans ? 

Comme son nom l’indique, l’« espérance » de vie est un calcul fictif réalisé à partir des conditions de mortalité du moment. On applique les taux de chaque âge pour construire l'« espoir » d'atteindre un certain âge. Un bébé né en 2019 ne connaîtra pas tout au long de sa vie les conditions de mortalité de 2019. À moins d'une catastrophe sanitaire longue ou d'une guerre, il vivra très probablement plus longtemps que l’espérance de vie ne l’indique aujourd'hui, si les progrès reprennent. Beaucoup auront plus de 100 ans et donc atteindront l'année 2120 !

Photo : Sabine Van Erp/Pixabay