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Comment évoluent les catégories sociales en France ?

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La structure de l’emploi par catégorie socioprofessionnelle est tirée vers le haut par l’élévation des qualifications, le développement du secteur des services et le déclin de l’industrie. La part des cadres supérieurs parmi les emplois a ainsi plus que doublé en un tiers de siècle, entre 1982 et 2020, passant de 8 % à 20 %. Celle des anciens « cadres moyens », devenus les « professions intermédiaires », a augmenté de 20 % à 26 %. Rassemblés, les cadres supérieurs et les professions intermédiaires forment désormais 46 % des emplois contre 27 % au début des années 1980.

Au cours des trois dernières décennies, la part des catégories populaires a diminué. Les ouvriers ont vu fondre leurs effectifs, de 30 % à 19 % de l’emploi. La part des employés a progressé jusqu’au milieu des années 2000, puis elle a diminué. Au bout du compte, elle est restée stable à 25 % sur l’ensemble de la période. Si les métiers de ces deux catégories sociales diffèrent, ouvriers et employés partagent de faibles niveaux de rémunérations et de diplômes. Nombre d’employés exercent des métiers aux conditions similaires à celles des ouvriers : bas salaires, pénibilité physique et forte précarité du statut. Ces deux grandes catégories partagent des modes de vie communs et un grand nombre de couples sont formés d’un homme ouvrier et d’une femme employée. Deux autres grandes catégories sociales – composées d’indépendants aux statuts sociaux très inégaux – ont perdu du terrain : l’ensemble « artisans, commerçants et chefs d’entreprise » (de 8 % à 6,8 %) et surtout les agriculteurs exploitants (7 % à 1,5 % de l’emploi).

Baisse de la part des employés

Les années récentes sont marquées par plusieurs évolutions, souvent passées inaperçues. La plus importante d’un point de vue quantitatif est la réduction de la part des employés depuis la fin des années 2000. Au cours des dix dernières années (2008-2018), elle a diminué de 29 % à 26 % de l’emploi rompant des décennies de progression. L’« archipel des employés » si bien décrit par le sociologue Alain Chenu 1, vacille. Quand on entre dans le détail, c’est surtout la part des employés qualifiés qui a diminué alors que celle des employés non qualifiés est restée stable.

La diminution de la part dans l’emploi des deux grands piliers des catégories populaires contraste avec la progression de celle des professions intermédiaires (anciens « cadres moyens ») qui a dépassé celle des employés en 2020 et représente désormais la catégorie sociale la plus conséquente (26 % du total). De même, fait très symbolique, celle des cadres supérieurs est passée devant celle des ouvriers la même année. Enfin, la diminution de la part des non-salariés (artisans, commerçants et chefs d’entreprise) semble enrayée. On n’assiste pas à l’explosion souvent décrite du travail à la tâche, mais tout se passe comme si le salariat – qui regroupe neuf emplois sur dix – avait atteint un plafond (lire notre article).

Les classes moyennes ne disparaissent pas

Les couches moyennes sont loin d’être « en voie de disparition » comme on le lit souvent, bien au contraire. Nulle trace dans les statistiques de l’Insee d’un phénomène de « polarisation » 2(lire notre article). Certes, la part des employés et des ouvriers qualifiés – la frange inférieure des classes moyennes – a nettement régressé entre 2003 et 2017 de 32 % à 26 % de l’emploi total. Il y a bien eu une cassure à la fin des années 2000. Ce phénomène a été compensé par la progression de la part des professions intermédiaires (le cœur des couches moyennes) et des cadres supérieurs (partie haute des classes moyennes). Le phénomène dit de « moyennisation » se poursuit à un rythme lent. En 38 ans, la part des couches moyennes n’est passée que de 40 % à 43 % de l’ensemble des emplois. Elle stagne depuis 2014, mais elle ne décline pas.

Pour autant, l’évolution par le haut des emplois, à travers une montée en qualifications progressive, n’est pas un processus inéluctable comme on pouvait le croire jusque dans les années 1980-1990. On le voit avec la résistance des emplois de service peu qualifiés, mais c’est aussi une des composantes du maintien et de la légère progression de l’univers des non-salariés, avec des emplois d’exécution payés à la tâche par exemple pour les plateformes de livraison de repas. Plus globalement, la hausse des écarts de revenus donne aux catégories aisées les moyens de recourir à une main d’œuvre faiblement rémunérée.

Notes:

  1. L’archipel des employés, Alain Chenu, Insee, 1991.
  2. Développement des emplois hautement qualifiés et très peu qualifiés.