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Comment évoluent les catégories sociales en France ?

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La structure de l’emploi par catégorie socioprofessionnelle est tirée vers le haut par l’élévation des qualifications, le développement du secteur des services et le déclin de l’industrie. La part des cadres supérieurs parmi les emplois a ainsi plus que doublé en un tiers de siècle, entre 1982 et 2017, passant de 8 % à 18 %. Celle des anciens « cadres moyen », devenus les « professions intermédiaires », a augmenté de 20 à 26 %. Elle a même dépassé les ouvriers en 2008. Rassemblés, les cadres supérieurs et les professions intermédiaires forment désormais 44 % des emplois.

En parallèle, au cours des trois dernières décennies, la part des catégories populaires a diminué. Celle des ouvriers a perdu un tiers de ses effectifs, de 30 % à 21 % de l’emploi. En revanche, la part des employés s’est accrue de 25 % à 27 %. Ouvriers et employés sont proches à bien des égards : ils partagent de faibles niveaux de rémunérations et de diplômes ; une partie des employés exerce des métiers aux conditions similaires à celles des ouvriers : pénibilité physique, peu d’autonomie et forte précarité du statut ; un grand nombre de couples sont formés d’un homme ouvrier et d’une femme employée. Deux autres grandes catégories sociales – composées d’indépendants aux statuts sociaux très inégaux – ont perdu du terrain : l’ensemble « artisans, commerçants et chefs d’entreprise » (de 8 à 6 %) et surtout les agriculteurs exploitants (7 à 2 % de l’emploi).

Des changements depuis dix ans

Les années récentes sont marquées par plusieurs phénomènes nouveaux, passés inaperçus de la plupart des commentateurs. Le plus important d’un point de vue quantitatif est la baisse de la part des employés, depuis la fin des années 2000. Au cours des dix dernières années, elle a diminué de 29 % à 27 % de l’emploi rompant des décennies de progression. « L’archipel des employés », si bien décrit par le sociologue Alain Chenu 1, vacille. Inversement, même si le mouvement reste à confirmer, le déclin ouvrier semble enrayé depuis 2013. En 2017, pour la première fois depuis 15 ans, on note même une remontée de leur part dans le total des emplois.

Pour comprendre ce qui se joue, il faut y regarder de plus près et entrer dans le détail des ensembles ouvriers et employés (voir graphique) en distinguant les évolutions selon les qualifications (lire aussi notre article sur l’évolution détaillée des catégories sociales). Depuis la fin des années 2000, ce sont les ouvriers et les employés qualifiés dont la part baisse, alors que celle des non qualifiés tend plutôt à stagner, chez les employés comme chez les ouvriers (phénomène plus récent). Les politiques très marquées de baisse des cotisations sociales ont subventionné le développement d’emplois peu qualifiés, dans les services et l’industrie, ce qui a pu jouer pour enrayer le déclin ouvrier récent.

Autre fait nouveau, la part des cadres dans l’emploi total se stabilise depuis cinq ans à 18 % (voir graphique ci-dessous), alors que celle-ci avait progressé régulièrement pendant trente années. Cette évolution s’explique pour une grande part par la stagnation de l’emploi public. Entre 2012 et 2017, la part de cadres de la fonction publique (hors enseignement) a stagné et celle des professeurs a même nettement diminué (lire notre article). Il ne s’agit pas d’une stagnation générale de l’emploi des cadres : la part des ingénieurs et des cadres du privé a augmenté. Enfin, la diminution de la part des non-salariés (artisans, commerçants et chefs d’entreprise) semble enrayée. On n’assiste pas à l’explosion souvent décrite du travail à la tâche (parfois sous forme « d’uberisation »), mais tout se passe comme si le salariat – qui regroupe neuf emplois sur dix – avait atteint un plafond (lire notre article).

Ces données ne permettent en rien de tirer des plans sur la comète et à annoncer une rupture majeure marquée par la fin de l’essor des cadres et le retour des ouvriers. Les couches moyennes que l’on dit souvent « en voie de disparition » ont encore de beaux jours devant elles du fait de l’évolution des techniques et des qualifications. On peut tout de même en tirer plusieurs enseignements. D’abord, elles remettent à sa juste place le processus de moyennisation. Nos calculs montrent que le phénomène existe, mais qu’il est très lent. En 35 ans, la part des couches moyennes n’est passée que de 40 à 43 % de l’ensemble des emplois. Ensuite, elles indiquent que l’évolution par le haut des emplois, une montée en qualifications, n’est pas un processus inéluctable. L’emploi dans les services peu qualifiés peut correspondre aux besoins d’une société de services inégalitaire. Les écarts de revenus d’un côté et les subventions publiques (baisses de cotisations et réductions d’impôts) de l’autre conduisent au développement d’emplois très peu qualifiés.

Notes:

  1. L’archipel des employés, Alain Chenu, Insee, 1991.
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